Hôtel d’entreprises à Morandat

Reconversion : sous le signe du développement durable Energies 313 - Loïc Taniou

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Alors que la crise frappe de plein fouet le tissu industriel, la Ville poursuit ses efforts pour accueillir de nouvelles entreprises. Cela avec l’hôtel d’entreprises qui reçoit ses premiers établissements sur le site Morandat, le futur parc d’activités économiques qui sera développé sur les extérieurs et celui de Novactis situé au pied de la centrale thermique.

1er février 2003, tôt le matin, ça claque comme un coup de grisou dans le Bassin minier. Prévue depuis le pacte charbonnier de 1992, la fermeture définitive de la mine de Gardanne intervient deux années plus tôt que la date annoncée. Une autre page s’ouvre et la reconversion déja anticipée s’accélère.

En premier lieu, la ville consacre 5, 3 millions d’euros pour le rachat du patrimoine minier : les deux carreaux de mines, celui du puits Yvon- Morandat (14 hectares) et celui du puits Z (5 hectares), le centre St-Pierre de formation des mineurs à Biver, les centres de vacances des mineurs (Ailefroide et Bandol), les terrils et autres délaissés miniers.

Aujourd’hui, malgré un climat difficile lié à la crise financière, les livraisons de locaux s’accélèrent sur le site de Morandat pour les jeunes structures en développement. Il s’agit là d’un hôtel d’entreprises, une organisation destinée à accueillir des établissements, souvent issus de pépinières de la région, pour les aider dans leur parcours entrepreneurial et leur croissance.

A l’image de la botanique, quand une bouture a pris, il faut un terreau favorable pour l’aider à se développer, c’est en quelque sorte le rôle que remplit l’hôtel d’entreprises.

La ville vient ainsi de rénover sur le site de Morandat 1800m2 de locaux attenants au Hall des mineurs et répartis sur le rez-de-chaussée et le premier étage, pour accueillir entre vingt et trente entreprises en développement.

« Après 2 ans passés à l’Arbois, nous avons préféré Gardanne »

Pour Nérys, qui vient de s’installer fin février, « la crise financière ne nous touche pas vraiment, du moins pour le moment. Car même si l’on travaille beaucoup avec le secteur automobile, nous essayons de nous diversifier en multipliant nos marchés avec le secteur du BTP, de la Défense ou encore tout récemment celui de l’électroménager. Nous avons un chiffre d’affaire de 650000€ que nous essayons de consolider aux alentours d’un million. »

Présente pour une durée de deux ans renouvelable sur près de 170m2 de bureaux aménagés en open space et en ateliers, elle possède une équipe de sept employés et travaille à la réalisation d’appareils pour tester par exemple la fiabilité ou la résistance des matériaux. Sa présence aux côtés de Néowave, Xor.Motors, d’Innovag ou encore Keystone création, autres nouvelles entreprises résidantes à Morandat, ainsi que la proximité avec le Centre Microélectronique Georges-Charpak lui permettent d’envisager une dynamique favorable à son développement.

« Nous avions avant de nous implanter des relations avec le Centre Microélectronique de Provence Georges- Charpak et Michel Fiocchi son chargé des relations avec les entreprises, précise Caroline Couvert, présidente de Nérys. Nous pouvons si besoin accueillir des étudiants durant une période de 3 à 4 mois autour de projets concrets suivis par les professeurs et liés au développement industriel et à l’innovation. Nous avions plusieurs choix pour nous implanter après deux années passées à la pépinière de l’Arbois. Nous avons préféré la ville de Gardanne car le site est facilement accessible à la différence de celui des Milles qui est très souvent embouteillé et principalement consacré au tiertiaire. Ici, il y a une dimension industrielle intéressante. Nous connaissions également les responsables de Néowave (autre entreprise de l’hôtel. Ndlr) car nous sommes tous les deux lauréats du prix “Paca Entreprendre.” Enfin, le renouveau lié à l’après-mine nous semble être un challenge très intéressant. C’est encore en chantier, notamment les extérieurs, mais on espère beaucoup. »

« Le renouveau lié à l’après-mine, un challenge intéressant »

En effet, autour du bâti de Morandat dont la rénovation est assurée par la ville et qui accueille en plus de l’hôtel d’entreprises d’autres structures comme le BRGM (Bureau des ressources géologiques et minières) pour la gestion de l’après-mines dans le grand Sud, le FIBM (fond d’industrialisation du bassin minier), c’est un véritable pôle d’entreprises qui va bientôt prendre place sur les espaces extérieurs.

Un parc d’activités dont l’aménagement a été confié à la Semag (Société d’aménagement de Gardanne et sa région) va donc être construit sur le carreau de Morandat sur une surface de 11 hectares, avec une vingtaine de lots de 3 à 6 000m2 destinés à la vente pour accueillir des entreprises plutôt orientées vers les nouvelles technologies.

La livraison de ce parc est prévue à l’horizon 2011 en deux tranches. Cet aménagement viendra en complémentarité de Novactis, autre parc d’activités de dix hectares situé au pied de la centrale thermique à Jean-de- Bouc, dont les travaux d’aménagement viennent de commencer. Ce dernier proposera à terme près de 42 000m2 de plancher en location pour des entreprises oeuvrant dans le tertiaire ou le secteur para-industriel. L’aménagement et l’exploitation de celui-ci ont été confiés au groupe Perottino.

Ces deux zones à vocation économique ainsi que le redéploiement du bâti de Morandat se feront selon un urbanisme de qualité utilisant les normes HQE (Haute qualité environnementale) et avec un recours important aux énergies renouvelables.

En effet, la démarche engagée par la Ville pour favoriser le développement durable à travers l’utilisation des énergies renouvelables et les économies d’énergies commence à se concrétiser autour de projets d’utilisation du photovoltaïque, de la géothermie ou encore de la création d’une éolienne à axe vertical sur le sommet du chevalement de Morandat. « La Ville réfléchit à mettre en place cette technologie, très différente de celles que l’on rencontre habituellement, souligne Anthony Pontet, élu aux économies d’énergies et énergies nouvelles, car elle présente moins de nuisances au niveau paysager et se révèle moins bruyante. Les tests de faisabilité et d’exploitation d’une éolienne de 15 mètres d’envergure et 5 mètres de hauteur seront d’ailleurs aidés grâce au projet Premio du Conseil régional et du pôle de compétitivité “Cap Énergies” dans lequel s’est inscrit la ville en juin 2008. »

Une éolienne nouvelle génération sur le sommet du chevalement

Un procédé qui pourrait être ensuite répliqué car il permet de produire de l’électricité en milieu urbain et peut être implanté sur toute sorte d’immeuble en produisant de 3 000 à 40 000 KW/h par an selon l’importance des vents. « L’autre volet lié au développement durable et aux économies d’énergies concerne l’utilisation de la géothermie, notamment en centre-ville, détaille Anthony Pontet. Nous étudions la faisabilité avec la société CG2T, seule entreprise autorisée à réaliser des forages dans le Bassin minier, de récupérer les eaux souterraines qui remontent en pression jusqu’à moins 8 mètres et leurs calories pour alimenter une chaudière en centre-ville qui alimenterait à moindre coût les batiments publics.”

Ce long travail de reconversion est aujourd’hui en phase d’accélération. Il a déja été ponctué de nombreuses étapes parmi lesquelles la construction du Centre Microélectronique de Provence Georges- Charpak, une école de formation d’ingénieurs de haut niveau et un centre de recherche dans la microélectronique rattachés à l’école des Mines de St-Étienne. Une reconversion économique qui s’appuie sur l’histoire industrielle de la commune et dont l’objectif principal est la création à terme d’emplois et qui est rendue possible grâce à la politique foncière menée par la Ville depuis des années permettant de dégager les espaces nécessaires à l’implantation de nouvelles entreprises.

Philippe Pintore * : « Gardanne est devenue une commune attractive »

Comment percevez-vous aujourd’hui la reconversion de Gardanne ?

Gardanne est en passe de réussir sa reconversion, contrairement à d’autres régions françaises, ici la fermeture des mines n’a pas provoqué les mêmes conséquences qu’ailleurs. Je vois plusieurs raisons à cela : le combat et la lutte exemplaires des mineurs, la diversité de son économie locale, la politique volontariste en matière de réserve foncière à vocation économique et industrielle. Aujourd’hui Gardanne est devenue une commune attractive économiquement, tournée vers l’avenir mais qui n’oublie pas son passé. Elle porte de nombreux projets innovants en matière d’énergies renouvelables comme ceux liés à la géothermie.

La reconversion peut-elle continuer malgré la crise ?

La crise financière et économique que nous subissons n’épargne malheureusement pas Gardanne. Je suis inquiet, car les informations que nous avons ne sont pas réjouissantes sur l’avenir des deux industries phares de notre commune, Rio-Tinto/Alcan et E.on Snet Endesa. Si nous avons encore les moyens politiques et financiers de conduire notre politique, il nous faudra agir sur le foncier, en créant les conditions pour accueillir dignement les entreprises innovantes, issues de l’essaimage de l’école de microélectronique (Zones industrielles de Morandat et Jean de Bouc). Il nous faudra aussi prendre en compte les besoins en développement de nos TPE, PME et artisans. Enfin, nous devrons mettre tout en oeuvre pour que le dynamisme économique puisse bénéficier en terme d’emploi à la population locale avec un rôle imprtant pour la Maison de la formation.

*Conseiller municipal délégué au développement économique