Pourquoi la Sécu est une idée d’avenir Energies 445 - Bruno Colombari

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Pour les 70 ans de la Sécurité sociale, une rencontre avec le Grand conseil de la mutualité a permis de dresser un bilan et de tracer des perspectives. Saviez-vous que la Sécu pourrait développer de nouveaux services si elle s’en donnait les moyens ?

L’année 1945 vous paraît loin ? Ça l’est. À l’époque, la France sort de six ans de guerre. Il n’y a pas assez à manger, le charbon manque pour se chauffer, cinq millions de personnes n’ont plus de logement. C’est dans ce moment autrement plus compliqué que le nôtre, que sont posées les fondations de la Sécurité sociale qui allait modifier profondément la vie quotidienne des Français. « Nous sommes dans une société inégalitaire qui est pourtant beaucoup plus riche qu’avant. Le Conseil national de la résistance a imaginé le système de protection sociale le plus évolué du monde, » a souligné Roger Meï dans la mairie annexe de Biver. « La création de la Sécurité sociale est un choix politique, a souligné Lucien Marchettini, secrétaire général du Grand conseil de la mutualité. La Sécu, ce n’est pas seulement le remboursement des soins et des actes, mais aussi la prévention avec notamment les campagnes de vaccinations qui permettent d’éradiquer les épidémies. C’est la solidarité et l’universalité. »

Victime de son succès
Ce que l’on peut dire autrement, comme le fait Alain Barthe, ancien salarié de la Sécu et redoutable orateur : « Contribuer selon ses moyens, recevoir selon ses besoins. Or, 70 ans après, le système ne répond plus à ses objectifs. Le taux de remboursement par la Sécu est passé de 80% à 52 %, les déficits se creusent. Pourquoi ? L’augmentation des dépenses est nécessaire car l’espérance de vie s’allonge. La Sécu est en quelque sorte victime de son succès... Ce qui pose problème, c’est de faire du profit sur la vie et la mort. Le laboratoire pharmaceutique Sanofi dégage presque autant de profit que Total ! La Sécu ne doit plus être la vache à lait de l’hospitalisation privée et de l’industrie pharmaceutique. »

Le constat est dur. Est-ce à dire que la Sécu, telle que nous la connaissons, est condamnée ? Pas pour Alain Barthe en tout cas : « Il faut passer de la réparation à la prévention, éviter d’être malade plutôt que se soigner. Il faut aussi créer un pôle public du médicament. Soumettre les revenus financiers à la cotisation sociale. Appliquer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, ce qui génèrerait beaucoup de cotisation. » Et avec les ressources ainsi dégagées, « On pourrait améliorer la couverture, compenser la perte d’autonomie et pourquoi pas concurrencer le secteur marchand en ouvrant des centres de santé et des maisons de retraite... C’est une volonté politique. » Alain Barthe se veut pourtant optimiste, malgré tout : « Entre 1936 et 1946, on est passé d’un immense espoir, celui du Front populaire, à une immense désespérance, celle de Vichy et encore un immense espoir, celui du programme du CNR (Conseil national de la résistance) et des lois sociales. Tout est possible. »

En guise de conclusion, Jeannot Menfi annonce qu’au Conseil municipal du 18 décembre, une délibération proposera de donner au CD58 qui longe l’usine d’alumine en direction de Biver le nom d’Ambroise Croizat, ministre communiste chargé de mettre en place la Sécurité sociale. C’était à la fin de 1945, il y a 70 ans.