Morandat, futur puits de sciences ? Energies n°471 - 21 mars 2017 - Jeremy Noé

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Parc d’activité économique nouvelle génération, le puits Morandat pourrait aussi devenir un Centre de culture scientifique précurseur de la société de demain. Gardanne, amoureuse des sciences, fait tout pour. Suivez le guide...

Vous l’avez déjà lu dans énergies, et avez peut-être pu le voir actuellement affiché sur des panneaux publicitaires dans Gardanne : la Ville donne un coup d’accélérateur au puits Morandat.

Elle est en train d’y installer des entreprises nouvelle génération, c’est-à-dire innovantes et/ou engagées dans l’économie solidaire et écologique (activité de recyclage par exemple, avec des emplois nouveaux, non délocalisés, estimés à un millier en vitesse de croisière).

Ces petites ou moyennes entreprises seront chauffées par la géothermie (en puisant dans les eaux chaudes de la mine !) et avec l’aide du photovoltaïque. Et pour parachever la mue du site, qui a dit adieu à l’extraction de charbon il y a une quinzaine d’années, il s’agit désormais d’y installer un centre de culture scientifique destiné à rayonner dans toute la Métropole, voire, soyons fous, au delà. Soit investir les 4000m2 du hall des mineurs, des vestiaires et du chevalement pour créer un lieu qui puisse autant être un lieu de diffusion du savoir (on peut imaginer un musée de la mine et des énergies) que de nouvelles pratiques expérimentales et industrielles.

Le projet est porté par la Semag, Société d’économie mixte et d’aménagement de Gardanne, dont la Ville est l’actionnaire principal. Il n’a pas encore de nom, ses contours sont loin d’être définis, mais la volonté de la Ville est là, de porter un projet dont puisse s’emparer la Métropole, à l’aide de financements régionaux, départementaux, nationaux.

De nombreux acteurs seraient a priori partants... « J’assistais dernièrement à une réunion sur le réseau énergie et plan climat. Les élus métropolitains ont parlé de la ville et de la Semag en mettant en valeur le travail qui y était fait, » explique Nicolas Fortuit, directeur de la Semag.

Et pour cause : Gardanne et la culture scientifique, c’est une histoire qui fait des étincelles depuis une bonne quinzaine d’années à présent. La Ville s’est battue pour accueillir le centre de microélectronique Georges-Charpak et l’école des mines de Saint-Étienne, tout comme elle a porté bien haut la culture scientifique dans Marseille Provence 2013.

Elle est une fervente adepte organisatrice de la Fête de la science annuelle et a aussi accueilli le Souk des sciences (deux journées de diffusion de la culture scientifique auprès des scolaires et du grand public).

Un centre de ressources La main à la pâte est venu s’installer chez nous, on y invente des ressources de vulgarisation scientifique à destination des enseignants dans toute la France... « On ne part pas de rien, il y a énormément de choses qui ont été faites, y compris en termes de préfiguration. Études, contenu, réflexion... » ajoute Nicolas Fortuit.

UN PROJET GARDANNAIS POUR LA MÉTROPOLE

La Ville et la Semag ont ainsi convié leurs partenaires locaux courant février à venir plancher autour d’une étude commandée par la Ville et présentée dans un rapport de 200 pages : Qu’estce qu’un centre de culture scientifique aujourd’hui ? Quel intérêt pour un territoire de s’en doter ? Comment organiser son fonctionnement ?

« Nous ne souhaitons pas nous arrêter sur une vocation plus qu’une autre. La Semag et la Ville ne veulent pas travailler seules, mais sont déterminées à mettre les moyens et réunir les gens autour de la table pour le porter à la Métropole. » Une idée semble toutefois émerger : « Nous travaillons sur l’idée de living lab, un “labo vivant,” c’est-à-dire un lieu pour imaginer, définir des innovations de demain en mélangeant des acteurs qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble : chercheurs, chefs d’entreprise, quidams passionnés avec le regard extérieur du novice qui va critiquer le projet d’un regard positif. Un exemple : nous nous sommes déplacés sur un centre de culture scientifique à Caen avec entre autres Isabelle Miard et Alice Musso. On nous a donné l’exemple d’un malvoyant qui a pu travailler dans un living lab avec des chercheurs et des entreprises, autour de la réalité virtuelle. Il en est sorti une application qui a permis à cette personne de surmonter son handicap. On s’aperçoit que ce type de démarche permet de sortir quelque chose de mieux que si chacun avait travaillé tout seul dans son coin. On est sur un modèle de société qui change, le modèle de demain. »

Avec Gardanne, une chose est sûre : la Métropole dispose d’un sacré atout pour rayonner dans le domaine scientifique, comme le résume Jean-Marc La Piana, Adjoint délégué à la culture : « C’est un projet qui a un intérêt primordial pour l’éducation de tous, enfants comme adultes, car la culture scientifique intéresse tout le monde. Le projet est ambitieux et nous avons à Gardanne tout à fait la capacité de le promouvoir. Notre Maire en porte la volonté, et toute l’équipe y travaille. Ce projet a une vocation métropolitaine, ce qui lui donne une dimension culturelle dans le territoire. Notre rôle est de le porter en partenariat avec la Métropole afin qu’elle nous donne les moyens de le concrétiser. Nous avons de nombreux atouts : la situation géographique de Gardanne, son ancrage scientifique, son école d’ingénieurs, sa réflexion globale sur les énergies et la culture scientifique... »

Nous suivrons bien sûr le dossier de très près.

LES POINTS CLÉS

•Gardanne développe un projet de culture scientifique (musée et centre d’expérimentation) installé au puits Morandat, pour le compte de la Métropole.

• Ce serait la pierre angulaire d’une longue histoire d’amour entre la Ville et la culture scientifique, l’une des grandes causes défendues par le Maire Roger Meï.

• Centre de micro électronique, École d’ingénieurs, accueil de la Fête de la science, d’un centre de pédagogie scientifique, de start-ups... Gardanne rayonne déjà dans le domaine.

•La situation géographique de la ville, l’accueil prochain de nouvelles entreprises innovantes à Morandat, sont deux autres atouts de taille.

QUESTIONS À Alice Musso, Conseillère municipale déléguée à la culture scientifique

Énergies : Vous avez l’air très enthousiaste sur ce projet...

Alice Musso : C’est un projet important pour la Ville, mais qui est surtout de niveau métropolitain, voire régional. Nous souhaitons l’inscrire dans le CRET, le Contrat régional d’équilibre territorial, une labelisation régionale accompagnée de financements, qui pourrait le faire décoller.

Nous avons comme atouts notre centralité, notre facilité d’accès, et le fait que cela rentre dans un projet global d’énergies, d’industries et de culture. Il y aura tout ! Entreprises, hôtel, restauration... et toutes ces entreprises auront peut-être besoin de ce centre de culture scientifique pour créer, imaginer.

É : Ces entreprises donneront-elles à leur tour ?

AM : On peut imaginer comme au centre de Caen un système donnant- donnant. Le fonctionnement du centre du puits Morandat serait en partie financé par les entreprises, qui en retour pourraient consulter les chercheurs au sein du living lab.

Il s’agira aussi à tout un chacun de pouvoir profiter d’outils inaccessibles ailleurs. Un porteur de projet comme vous et moi qui aurait besoin de fabriquer un prototype par exemple. Ou de faire réparer un appareil.

É : C’est un projet déjà ancré sur le territoire.

AM : Il y a déjà beaucoup de choses qui se font à Gardanne. C’est pour ça que le centre La main à la pâte et le centre Georges-Charpak sont venus s’y installer. Et c’est pour ça qu’il y a un hôtel de startups. Au bout du compte, on en revient toujours à ces idées de science et de transmission. Je ne fais là que porter les idées du Maire.

Il faut donner envie de s’intéresser à la science, car la France manque de chercheurs, mais aussi car c’est une belle discipline qui permet de s’enrichir soi-même.

POINTS DE VUE CROISES

Isabelle Miard Attachée de diffusion de la culture scientifique campus Georges-Charpak Provence / La rotonde

La Ville et la Semag ont invité leurs partenaires locaux à un premier comité de pilotage du projet de centre de culture scientifique : l’école d’ingénieurs, les start-up du puits Morandat, les villes environnantes, le Territoire du pays d’Aix.

Il était question de présenter l’étude du cabinet d’expertise (lire ci-contre) et valider quelques idées sur un travail commun. De mettre toutes les chances pour que la Métropole Aix Marseille reconnaisse l’importance du projet et l’adopte.

Gardanne est un lieu privilégié pour ce projet, de part son accessibilité, les possibilités offertes par le site -y compris patrimoniales, sur l’histoire de la mine. Le lieu est aussi remarquable pour ses qualités architecturales que pour la dynamique qui s’y est mise en place, les liens entre monde scientifique et économique...

Domitille Drumare Attitudes Urbaines – agence de programmation urbaine, architecturale et d’espaces publics

La Ville à travers la Semag nous a confié une étude visant à relancer le projet de Centre de culture scientifique au puits Morandat en lui trouvant du sens, à l’aide des différents porteurs ou partenaires du projet : élus, services municipaux, région... Quelle identité donner à ce lieu ? Pour quels publics ? Quelle place aura-t-il dans la Métropole ?... tout en prenant en compte l’accélération du développement économique du site.

Gardanne a un gros atout, celui de la forte dynamique locale sur la culture scientifique, avec un foisonnement d’initiatives qui diffusent la culture scientifique auprès des différents publics de la ville.

L’autre point en faveur du projet, c’est qu’il existe aussi de multiples actions sur le même thème ailleurs dans la Métropole mais que celle-ci n’a, à ce jour, aucun lieu dédié pour les faire vivre, à la différence des autres grandes métropoles françaises.

 

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