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Le train peut mieux faire Energies 332 - Bruno Colombari

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Quinze mois après la réouverture de la ligne TER Aix-Marseille, il est temps de dresser un premier bilan : le nombre de passagers a augmenté, le nombre de trains aussi, mais il reste beaucoup à faire, notamment en matière d’accessibilité et de stationnement près de la gare.

Les chiffres que donne la Direction des transports de la région Paca sont à première vue flatteurs : entre 2006 (dernière année complète avant la fermeture de la ligne pour travaux) et 2009, le nombre de voyageurs entre Saint-Charles et Gardanne a augmenté d’environ 40%, passant d’environ 75 000 à 105000 par mois (pour chaque sens). Entre Gardanne et Aix, l’augmentation est moindre, environ 25 % (de 60 000 à 75 000 voyageurs par mois dans chaque sens).

Mais entretemps, le nombre de trains a doublé... « Le nombre de passagers par train, en moyenne, est resté à peu près le même, constate Frédéric Laugier, de la Fnaut Paca (fédération nationale des associations d’usagers des transports). Le problème, c’est que les TGV attirent les voitures au détriment des TER, avec des gares déconnectées du réseau régional comme celle de l’Arbois. »

La question des voitures, et notamment du stationnement à proximité de la gare, a été au coeur d’une rencontre entre le directeur adjoint régional de la SNCF, Olivier Monnot, et le maire de Gardanne Roger Meï. « De nombreux usagers du train viennent de communes avoisinantes en voiture. Je lui ai demandé d’augmenter la capacité d’accueil en utilisant des terrains près des voies, du côté de Pechiney. J’ai aussi constaté que la gare a été refaite, mais qu’elle est souvent vide, il manque une présence humaine. » Responsable de la ligne Aix-Marseille, Corinne Durand répond sur ce point que la SNCF va étudier la faisabilité d’une extension d’une trentaine de places et donnera une réponse d’ici fin mars.

Autre point problématique, l’accessibilité. Depuis plusieurs semaines, l’ascenseur de la passerelle qui permet de franchir les voies a été dégradé et demeure hors service. Ce qui veut dire qu’une personne en fauteuil roulant ne peut plus prendre le train à Gardanne. « Nous avons mis en place un système de réservation de taxi qui prend en charge les personnes à mobilité réduite jusqu’à leur gare de destination,  » explique Corinne Durand.

En clair, un voyageur en fauteuil roulant qui prend le train à Saint-Charles va aller jusqu’à Aix et prendre un taxi pour rejoindre Gardanne... « Le problème, c’est que dans le département, aucun taxi n’est équipé pour les fauteuils roulants électriques, qui ne se plient pas. » Conclusion : « Ces gens-là se débrouillent comme ils peuvent, constate Didier Touat, élu à la place des handicapés dans la ville. Et en général, ils restent chez eux, comme ça on ne les voit pas. La loi de 1975 dit que tout bâtiment public doit être accessible. On en est encore loin. »

Quant aux personnes aveugles, la réduction de personnel en gare les laissent livrées à elles-même. « Quand je prends un train, je demande aux passagers de m’aider à monter et à descendre, témoigne Aurore Berthout. C’est le stress à chaque fois. Et comme le distributeur de billets n’est pas vocalisé, je ne peux pas m’en servir. Si le guichet est fermé, je monte dans le train sans billet, puisque ceux-ci ne sont valables qu’un seul jour. »

Le billet au jour, décidé en 2004 (auparavant il était valable deux mois) passe mal. « Seules trois régions en France font ça, constate Frédéric Laugier. Ce n’est sûrement pas incitatif. » Quant à la tarification, s’il existe de nombreuses formules (comme le tarif solidarité, ou la nouvelle formule Abo pour tous lancée le 1er février et qui permet de bénéficier des mêmes tarifs que les abonnements de travail), le prix d’un billet au tarif plein reste élevé : 10 € l’aller-retour Gardanne- Marseille, contre 14,50€ pour un abonnement de travail hebdomadaire.

D’autant que les problèmes de retards ou de trains supprimés n’ont pas été réglés avec les travaux de la ligne : pour la matinée du 8 mars par exemple, au départ de Gardanne, trois trains étaient annoncés en retard et un supprimé en direction de Marseille. Et en direction d’Aix, un train était supprimé et quatre en retard. « On laisse le réseau se dégrader alors que depuis un siècle et demi, les voies étaient entretenues sans interruption de trafic, constate Frédéric Laugier. Il faut absolument un outil fiable, avec du personnel suffisant, pour faire revenir les gens dans les trains. »

Les comités de ligne pourraient être un bon outil de concertation. Mis en place par la Région en 1998, ils ont lieu deux fois par an sur chaque ligne. « C’est une bonne chose sur le principe, mais encore faut-il qu’il y ait les interlocuteurs, souligne Roger Meï. A Gardanne, ça a permis de régler le problème du mur antibruit au quartier le Village. » Le dernier à Gardanne date de février 2009.