Le corps à la croisée des sciences Energies 384 - Stéphane Conty

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Quand on parle de science, on imagine volontiers un chercheur dans son laboratoire entouré d’appareils étranges, ou encore des machines toujours plus sophistiquées. Expérimentations et machines complexes ont effectivement représenté l’un des volets de l’édition 2012 de la “Fête de la science.” Toutefois les visiteurs ont également pu découvrir le corps sous ses aspects physique, chimique et énergétique. Une approche moins conventionnelle de la science, mais tout aussi passionnante.

Les mercredi 10 et samedi 13 octobre, le puits Yvon-Morandat, la Médiathèque Nelson- Mandela et le site Georges-Charpak de l’école d’ingénieurs accueillaient la Fête de la Science, dont le thème de l’année était Expérimentons l’énergie  ! Tout un programme qui s’est décliné en de nombreux ateliers, stands, animations et conférences.

Le mercredi, si la majorité des scolaires étaient de visite, certains étaient aussi là pour animer un stand, comme ces élèves de la classe de 4 e 2 du collège Gabriel-Péri qui faisaient découvrir aux visiteurs les sons produits par des bols tibétains et les vibrations que l’on ressent en les utilisant.

Une classe assez particulière puisque les élèves y pratiquent chaque semaine une heure de yoga, tout comme leurs camarades de 5 e 2 et de 6 e 2, sous la conduite de deux de leurs professeurs, Sylviane Vincent et Emma Delabroye. Installés dans le grand hall du site Charpak, ils ont d’ailleurs pu faire une démonstration de leur pratique sur un espace couvert de tatamis.

« Ces élèves participent à un atelier Yoga hebdomadaire en demi groupe, confie Sylviane Vincent, professeur d’anglais au collège Gabriel- Péri, qui enseigne par ailleurs le yoga dans une association. C’est un projet expérimental que nous menons avec l’appui du rectorat. Il ne s’agit pas d’une classe élitiste, il y a des élèves de tous niveaux et tous sont volontaires. Ces élèves ont maintenant deux ans de pratique et du recul par rapport à leur expérience. En cours nous pratiquons des techniques posturales de yoga, avec un travail sur la respiration et sur la concentration. La pratique régulière favorise les apprentissages et une ambiance de classe plus sereine, où les élèves qui ont tendance à être agités arrivent à se détendre. »

Au-delà des bienfaits de la pratique du yoga, une discipline créée en Inde il y a plus de 5 000 ans qui vise à réaliser l’unification de l’être humain dans ses aspects physique, psychique et spirituel, c’est aussi une occasion pour ces élèves de s’ouvrir à une autre culture. Une ouverture d’esprit qu’ils ont pu mettre à profit en assistant à la conférence donnée par le docteur Emmanuelle de Pradier dans l’amphithéâtre de l’école des Mines sur la médecine chinoise traditionnelle. Une autre discipline très ancienne originaire d’Asie, dans laquelle ils ont pu retrouver de nombreuses concordances avec le yoga, avec notamment une approche énergétique du corps.

« La médecine chinoise est basée sur l’énergie. Plus de 2 000 ans avant JC, les Chinois se sont posés des questions sur tout ce qui se passe sur la terre et ils se sont rendus compte que tout est énergie, explique le docteur Emmanuelle de Pradier à l’auditoire. Ils ont étudié le corps humain, le climat, les habitations, ont constaté que des énergies interféraient les unes avec les autres et en ont déduit des lois. C’est l’empereur Huang Di qui a fait mettre ces lois par écrit par son médecin Chi Bo. C’est du nom de ce médecin que provient le mot “chi” qui désigne l’énergie vitale. »

Elle détaille ensuite toute la richesse de cette médecine dont elle énumère les différentes facettes : l’acupuncture, la nutrition, les massages (tuina), la moxibustion (soins par la chaleur), les manipulations de type ostéopathie, le feng-shui sans oublier son importante pharmacopée. Elle explique ensuite les notions du Yin et du Yang, source de nombreuses questions de la part des élèves qui pratiquent le yoga.

L’approche médicale étant la thématique de son intervention, le docteur de Pradier aborde la manière dont le médecin chinois établit son diagnostic, avec une approche globale de son patient, expliquant « qu’il va chercher dans la maladie quel élément est en relation avec l’ensemble du corps. Il va prendre les pouls du malade pour déterminer la qualité énergétique. Les pouls sont en relation avec les organes. Il étudie aussi la langue, l’oeil, le visage et le ventre du patient. Il faut savoir qu’autrefois en Chine, le médecin était payé tant que le patient était en bonne santé, pas quand il tombait malade. »

Bien que le sujet abordé soit complexe et d’une approche assez ardue, le jeune public de collégiens qui assiste à la conférence, ne relâche pas son attention et se montre curieux en posant de nombreuses questions au docteur.

Pendant ce temps d’autres enfants parcourent les stands, et nombreux sont ceux qui s’arrêtent devant celui des Petits débrouillards qui présente les énergies dans le corps humain. C’est une approche beaucoup plus classique des phénomènes énergétiques qui régissent notre corps que proposent les animateurs des Petits débrouillards, qui n’est pas sans rappeler à certains leurs cours de chimie et de de biologie lorsqu’ils étaient collégiens ou lycéens.

Plutôt destiné à un public jeune, l’approche ludique et participative proposée fait mouche et captive son auditoire sur des sujets qui pourraient pourtant sembler assez ardus de prime abord. Un atelier présente ainsi le système digestif et son fonctionnement à travers le parcours des aliments, depuis leur ingestion jusqu’au passage aux toilettes. Un autre compare le corps à une maison et en détaille les différents composants tels que muscles, os, cellules... A côté, ce sont les aliments qui sont expliqués et leur utilisation par le corps, comment le calcium constitue les os, les protéines servent à fabriquer du muscle, les fibres favorisent la digestion.

D’autres stands ont été proposés durant ces journées, comme celui présentant l’aïkido, art martial japonais dont l’énergie est au coeur de la pratique. Sans oublier l’improbable Gavottophone, la chaudière à musique qui a surpris et enthousiasmé petits et grands lors de ses représentations au puits Morandat. Un spectacle à l’image de cette Fête de la Science qui démontre, s’il en était encore besoin, que la science peut aussi être source d’amusement et de convivialité.