Environnement

Industriels et citoyens se rencontrent Energies 373 - Stéphane Conty

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Chaque année la municipalité organise une rencontre avec des responsables d’entreprises locales dont l’activité peut générer des nuisances et des Gardannais. Un moment d’échanges pour faire avancer les questions concernant la protection de l’environnement.

En début de réunion le Maire, Roger Meï, rappelle que « la position municipale est de tout faire pour concilier préservation de l’emploi et diminution de la pollution, » tout en soulignant qu’à Gardanne « il y a une vraie prise en compte des problématiques environnementales de la part des industriels, même si l’action municipale se poursuivra pour leur faire améliorer la situation. »

La première entreprise à intervenir est Durance Granulats qui exploite la carrière de la Malespine. Un site qui a depuis une dizaine d’années entamé une reconversion vers le recyclage des matériaux provenant du secteur du BTP. Si aujourd’hui les deux-tiers de la production du site sont issus de l’extraction de la carrière, le tiers restant de la production provient quant à lui du recyclage.

Une orientation stratégique prise par Durance Granulats quand on sait que chaque année en France ce sont 300 millions de tonnes de déchets qui sont produits par la filière BTP, dont seulement le dixième est recyclé. Or comme le souligne Benoît Weibel, directeur d’exploitation à Durance Granulats, « le granulat peut être recyclé à l’infini. »

Sur le site de Gardanne, la moitié des déchets ainsi recyclés en granulats repartent vers des chantiers de construction. Pour optimiser cette activité de recyclage Durance Granulats a dû revoir ses installations, avec un volet environnement non négligeable comme le souligne Benoît Weibel. « L’entreprise a réalisé plus de quatre millions d’investissements, dont environ un million sur les questions d’environnement et de nuisances aux riverains. » Il s’agit notamment d’un nouveau système de nettoyage des camions pour limiter au maximum l’envol de poussières.

« Dans le cadre du Plan de prévention de l’atmosphère des Bouches-du-Rhône, dès janvier 2013 l’administration va nous imposer un nouvel arrêté pour la poussière, avec des objectifs de résultats, ce qui n’était pas le cas avant. C’est même une première en France, » explique Benoît Weibel. « Êtes-vous certains que dans vos déchets il ne traîne pas d’amiante ou de plomb ? » interroge un riverain. « Nous sommes très vigilants et il nous arrive de refuser des camions contenant des produits non inertes, » répond Benoît Weibel.

Est ensuite abordée la question du devenir du chargement des camions qui se voient refuser l’entrée sur le site. Bien évidemment tout le monde a en tête la multiplication ces derniers temps, des dépôts sauvages en pleine nature de ce type de déchets. « Nous avons eu un dépôt sauvage de déchets de ce genre réalisé par l’entreprise Marion dans la colline sur un terrain communal. Ils ont ouvert une piste, abattu des arbres et creusé le sol pour déverser leurs déchets ! » s’indigne Roger Meï. « Aujourd’hui les déchets ont été évacués. Il y a un procès et nous irons jusqu’au bout. Quand les gens voient ce genre de choses, ils ne doivent pas hésiter à nous avertir. »

C’est ensuite Jean-François Velly, directeur de la Semag, qui intervient pour faire un point sur la déchetterie et le centre d’enfouissement de La Malespine. Il rappelle notamment que fin 2011 a cessé l’exploitation de la partie du site ouverte en 1986 pour recevoir les déchets ménagers. L’ensemble a été recouvert de bauxaline pour l’étanchéité, puis de terre pour que la végétation s’y installe.

« Pendant trente ans nous sommes responsables de ce site, avec pour mission d’en assurer la surveillance et le suivi, » souligne Jean-François Velly. En outre, douze points de captage du biogaz ont été ajoutés pour alimenter l’usine de Verdesis sur le site, chargée de produire de l’énergie à partir de la combustion du biogaz.

Les ordures ménagères sont maintenant déposées dans de nouvelles alvéoles plus éloignées, ce qui devrait réduire d’autant les risques de nuisances. En 2012 des travaux sont prévus pour améliorer la déchetterie qui est en place depuis douze ans : voirie élargie, éclairage refait de même que le portail d’entrée, contrôle d’accès par carte à puce.

En 2006-2007 l’usine Rio Tinto Alcan (ex Pechiney) a réalisé d’importants investissements pour lutter contre les poussières, le site étant actuellement doté de 90 dépoussiéreurs. « Aujourd’hui nous travaillons à lutter contre les poussières diffuses, » explique Philippe Thibault, responsable Santé, Sécurité, Environnement chez Rio Tinto Alcan. « C’est un sujet compliqué et nous avons encore une forte marge de progression. Nous avons toutefois réussi à diviser par dix nos émissions de poussières diffuses. »

En 2015 l’usine ne pourra plus faire de rejets en mer comme ce fut le cas jusqu’ici. Une contrainte environnementale qui va nécessiter 30 millions d’euros d’investissements.

Autre problématique évoquée, la réouverture du site de 23 ha à Mangegarri en 2007 et les rares mais importants nuages de poussières rouges qui se sont formés par fort mistral. « Une partie du site est équipée d’arroseurs, et nous étudions comment nous allons aménager l’ensemble du site, » précise Philippe Thibault. Des questions sur les risques éventuels sur la santé des riverains et des employés sont aussi posées par l’assistance.

« Il n’y a pas de risques sur l’espérance de vie des proches riverains. Nous ne traitons que du minéral, répond Philippe Thibault. Nous avons fait une évaluation du risque sanitaire qui est d’ailleurs disponible sur notre site internet. De plus il n’y a pas de maladie professionnelle déclarée chez nous. »

En ce qui concerne E.on (la centrale thermique), l’essentiel des échanges s’est concentré sur le projet de conversion de l’unité de tranche 4 qui va passer du charbon à la biomasse. Les principales inquiétudes des personnes présentes portent sur le risque que cette unité biomasse ne devienne un “incinérateur déguisé” ainsi que sur les conséquences de cette exploitation sur les forêts de la région, celles-ci nécessitant d’importantes quantités de bois pour fonctionner.

Le projet prévoit d’utiliser du bois de la forêt de Paca, ainsi que du bois recyclé de catégorie B, n’ayant pas subi de traitement. Le bois issu des forêts locales ne devrait représenter qu’une petite partie de la biomasse de la forêt de Paca.

« Nous resterons attentif à la nature du combustible qui sera utilisé dans ce projet de biomasse,  » souligne Roger Meï avant de clore la réunion. Rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’année prochaine mais élus et techniciens municipaux resteront vigilants dans l’intervalle sur ces questions liées à la protection de notre environnement.