Alteo obtient une prolongation Énergies 446 - 14 janvier 2016 - Stéphane Conty

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Après plusieurs mois d’incertitude l’usine Alteo a finalement obtenu une dérogation de six années pour pouvoir rejeter en mer ses derniers effluents liquides. Un délai assorti pour l’entreprise d’une obligation de trouver une solution pérenne.

Contrainte par la réglementation d’arrêter ses rejets en mer de boues rouges au 31 décembre 2015, l’entreprise devait trouver une solution pour pouvoir continuer son activité. Elle a ainsi réalisé un dispositif de trois filtres presses mis successivement en service en 2007, 2014 et 2015 pour traiter les résidus solides de bauxite et les stocker sur le site de Mange-Garri. Une méthode qui lui a permis de totalement arrêter les rejets solides en mer à la date butoir, mais qui génère tout de même des rejets liquides. Ceux-ci ne pouvant être stockés, Alteo a donc demandé une autorisation pour pouvoir les rejeter en mer en utilisant la même canalisation qui débouche au large de Cassis dans le parc des Calanques. Le 5 novembre dernier l’entreprise inaugurait d’ailleurs une nouvelle station de traitement de ces eaux excédentaires, un investissement de 1,7 million d’euros pour l’entreprise, subventionnés à 50% par l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. Une unité qui traite 99,95% des matières en suspension et 99 % des flux de métaux dans les eaux de l’usine avant rejet en mer, mais qui toutefois ne permet pas à l’entreprise de rester en deçà des seuils réglementaires en matière de rejets d’aluminium, de fer et d’arsenic.

Quant aux boues rouges stockées sur le site de Mange-Garri, Alteo mène des recherches pour les recycler en un produit commercial et leur trouver des débouchés. Ce résidu, baptisé bauxaline, est utilisé depuis 2010 pour le réaménagement de centres d’enfouissement de déchets, et d’autres marchés sont explorés comme les remblais et couches de soubassement pour les travaux publics, le comblement de galeries de mines et de carrières ou encore le renforcement de digues. La déphosphatation de l’eau, la dépollution des sols et le traitement d’effluents acides contaminés par des métaux sont également à l’étude.

Une autorisation longtemps attendue
Des mesures qui n’ont pourtant pas semblé suffisantes à la Ministre de l’écologie Ségolène Royal qui, soutenue par de nombreuses associations de défense de l’environnement, avait demandé une enquête sur cette question au printemps dernier, alors même que le parc des Calanques venait de donner un avis favorable à la demande d’Alteo. Elle s’était alors dite non favorable au renouvellement de l’autorisation de rejets en mer.

Début novembre la commission d’enquête publique a finalement rendu un avis favorable à la demande d’Alteo, en insistant toutefois sur le fait qu’il est « essentiel de prendre impérativement en compte toute amélioration susceptible de rendre le projet plus respectueux de l’environnement traversé, et plus socialement acceptable. » Début décembre, c’est le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) des Bouches-du-Rhône qui a rendu un avis favorable à la poursuite des rejets d’effluents liquides en mer par Alteo.

Enfin, le 22 décembre c’est le Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques, regroupant des représentants des syndicats, de l’industrie, de l’État, des organisations environnementales et de consommateurs, qui s’est prononcé. Il a lui aussi émis un avis favorable à une dérogation permettant des rejets liquides pour une durée de six ans.

S’appuyant sur les avis positifs de ces différentes instances consultatives, le préfet de la région Paca, Stéphane Bouillon, a émis un arrêté préfectoral autorisant les rejets en des effluents liquides de l’usine. Par ailleurs, une enquête épidémiologique est en cours en ce qui concerne le site de stockage de Mange-Garri. Menée par l’Institut de veille sanitaire, elle doit déterminer l’impact des poussières générées par le stockage des résidus solides sur la santé des riverains.

Questions À Roger Meï, Maire de Gardanne

Énergies : Quel est votre sentiment après que le préfet de Région, Stéphane Bouillon, a accordé à Alteo l’autorisation de poursuivre son activité ?
Roger Meï : Dès que j’ai su la nouvelle, j’ai appelé monsieur Ramé, le président de l’usine. J’ai pensé également immédiatement aux 440 salariés de l’usine et aux 300 des entreprises sous-traitantes qui étaient menacés en cas d’avis négatif, à leurs familles, à l’avenir du site et à celui de la ville. Ça a été un peu notre cadeau de Noël. Je tiens à remercier tous ceux qui nous ont aidés et qui ont permis que cette décision responsable soit prise.

Ce résultat est le fruit d’une action exemplaire, d’un travail commun de la direction de l’usine, des syndicats et d’élus comme le député François-Michel Lambert, le conseiller départemental Claude Jorda... Nous nous sommes mobilisés, nous avons joué la cohésion et ça a marché. Les maires de Marseille et d’Aix-en-Provence ainsi que ceux d’une grande majorité de la Communauté du pays d’Aix défendaient la poursuite de l’activité d’Alteo. J’avais également sollicité par courrier le premier ministre ainsi que Laurent Fabius qui nous avait déjà beaucoup soutenu lors de la reconversion du Bassin minier suite à la fermeture de la mine en 2003, et qui a pleinement contribué à l’installation du campus Georges-Charpak à Gardanne. J’ajoute que je suis confiant dans l’avenir de l’usine car elle produit des alumines techniques. De ce fait, elle occupe un créneau tout à fait particulier et n’a pas réellement de concurrents en Europe.

É. : Que répondez-vous aux associations de défense de l’environnement qui demandaient l’arrêt complet des rejets de l’industriel en mer Méditerranée ?
R.M. : Je pense qu’il ne faut pas opposer l’économie, et donc l’emploi, et la protection de l’environnement. Je rappelle qu’Alteo a notamment reçu un avis positif du parc des Calanques et de la commission d’enquête publique. L’entreprise a fait des efforts pour réduire son empreinte écologique. Elle ne déverse plus de boues rouges en Méditerranée. Je suis confiant, elle arrivera à traiter ses eaux encore évacuées en mer. Alteo a six années pour trouver une solution. Il faudra également travailler sur le dossier de Mange-Garri. Je pense que les pistes comme la bauxaline et la gardannite sont à développer.

Donner du temps à l’usine ne signifie pas lui signer un chèque en blanc. Mon idée d’un comité de suivi a été retenue et j’en suis très content. Il s’agit d’accompagner l’industriel de manière responsable en réunissant des élus, des syndicats, des institutionnels et des associations. Nous serons vigilants et je serai particulièrement attentif à ce qu’Alteo respecte ses engagements pour concilier progrès environnementaux et développement économique et social. À mon initiative, une réunion aura lieu prochainement avec les responsables d’Alteo et de la centrale afin qu’ils travaillent ensemble sur des produits communs à valoriser (la gardannite) ainsi que sur la cogénération.

POINTS DE VUE CROISÉS

Alain Gourmelon
Délégué syndical CGT à Alteo Gardanne
"Les salariés et notre syndicat ont été soulagés en apprenant cette nouvelle après des mois d’attente, mais ce n’est pas pour autant que nous faisons du triomphalisme. Notre syndicat sera vigilant à ce que l’entreprise respecte ses engagements environnementaux. Il faudra qu’Alteo investisse en recherche et développement pour trouver des solutions qui n’existent pas encore, en collaborant avec des entreprises spécialisées dans le domaine du traitement des eaux, pour devenir l’usine d’exploitation d’alumine qui aura le moins d’impact environnemental au monde. Alteo Gardanne fabrique des alumines de spécialités nécessaires aux besoins de l’industrie française et de la population. L’importation de ces produits se ferait au détriment de l’environnement. Détruire des emplois en Paca pour polluer plus, quelques centaines de kilomètres plus loin, est-ce cela l’écologie ? En responsabilité, notre syndicat considère qu’il faut conserver à Gardanne la maîtrise environnementale et sociale de cette production nécessaire à nos besoins."

Frédéric Ramé,
Président d’Alteo
"La décision du préfet met un terme à une longue période d’incertitude pour l’entreprise et ses salariés. Elle va nous permettre, tout en poursuivant notre activité dans des conditions totalement modifiées, d’engager les recherches et développements pour améliorer la qualité de nos rejets liquides. Nous avons relevé un premier défi, arrêter le rejet des boues rouges avant le 1er janvier 2016, nous entendons relever un second défi, celui de la qualité des rejets liquides d’ici au 31 décembre 2021. Cette autorisation est une étape essentielle, puisque les rejets de boues rouges en mer sont terminés. Maintenant, l’usine de Gardanne se projette vers l’avenir et va poursuivre ses efforts, dans une démarche ouverte, pour améliorer en continu ses performances environnementales."

Christian Merono,
Secrétaire du Comité d’Entreprise d’Alteo et délégué syndical FO
"La décision d’accorder une autorisation de six ans à l’entreprise est une avancée car nous avions peur de nous retrouver sans rien. Toutefois ça va être très compliqué de trouver une solution techniquement et économiquement satisfaisante dans un délai aussi court. Nous sommes donc aussi un peu déçus car nous avions espéré obtenir au moins un dizaine d’années. Nous sommes également assez choqués par la virulence des attaques qui sont portées contre nous et du traitement de l’affaire dans les médias alors même que nous avons fait d’importants efforts pour réduire l’impact environnemental de l’activité. Nous ne rejetons plus de boues rouges, mais seulement des effluents liquides qui bénéficient en outre de nouveaux traitements plus efficaces. Tout n’est pas parfait mais nous allons continuer de travailler pour encore améliorer les choses, même si nous avons toujours des inquiétudes pour l’avenir."