Hommage

Il y a 23 ans, Dulcie September à Gardanne

Publié le

JPEG - 43.8 ko
Konji Sebati

Samedi 16 mai 2009, Gardanne a accueilli l’ambassadrice d’Afrique du Sud en France, Madame Konji Sebati (photo ci-contre), à l’occasion du baptême de la Médiathèque, qui porte désormais le nom de Nelson Mandela. C’est l’occasion de raviver le souvenir d’une autre représentante sud-africaine, invitée par notre ville le 22 février 1986.

Dulcie September était à cette époque représentante de l’African National Congress (ANC) en France. Le régime de l’Apartheid était encore en vigueur en Afrique du Sud, malgré la pression internationale et la montée en puissance des mouvements sociaux. Et Nelson Mandela était toujours emprisonné près du Cap.

JPEG - 32.9 ko
Dulcie September

Dans un article publié dans Vivre à Gardanne (l’ancien nom d’Energies) en avril 1986, Dulcie September raconte : « Le pouvoir est sans cesse en train de diviser les gens. C’est ainsi qu’il déplace des tribus entières vers d’autres territoires que les leurs. Dans les mines, on sépare les travailleurs selon leur ethnie. Certains avantages sont donnés à un groupe et refusés à d’autres. Tout cela pour que le pouvoir blanc puisse dire : « voyez, ils ne peuvent pas vivre ensemble, sans nous ! »

Vous pouvez lire cet article ci-dessous.

Dulcie September ne verra pas la fin de l’apartheid, entre 1989 et 1991, la libération de Nelson Mandela en février 1990 et son élection à la présidence de la république en 1994. La représentante de l’ANC a été assassinée le 29 mars 1988 à Paris. L’enquête judiciaire n’a pas abouti.

Une place près de l’église et du boulevard Bontemps porte son nom. Le 16 mai 2009, Madame Konji Sebati y a déposé une gerbe en sa mémoire.

JPEG - 276.1 ko
Madame Konji Sebati, ambassadrice d'Afrique du Sud, entourée de Roger Meï, maire de Gardanne (à droite) et Mustapha El Miri, adjoint à la culture (à gauche).

Texte de l’article paru dans Vivre à Gardanne d’avril 1986 :

September en février

L’Afrique du Sud : Le 22 Février Mme Dulcie September est venue nous en parler. La représentante européenne de l’African National Congress était invitée à Gardanne par le PCF.

L’Apartheid, le développement séparé selon certaines versions, le développement des uns axé sur le sous développement des autres selon d’autres sources. C’est en 1949 que les blancs d’Afrique du Sud élirent la majorité d’une minorité qui allait minorer la majorité. La photographie politique et sociale de la rubrique d’Afrique du Sud, n’apparaissait plus en noir et blanc mais en négatif. C’était révélateur de la peur d’encerclement de la minorité blanche.

Depuis, ce pays tellement à part est devenu la honte de la communauté internationale. Une honte bien vécue, tout compte fait par les multinationales et bien des états industriels.

"L’Afrique du Sud, ses noirs et son charbon" pourrait proposer un dépliant touristique qui vaudrait la faillite à son promoteur. Les trois éléments sont étroitement liés ; les mineurs noirs extraient un charbon de la même couleur quand il n’est pas rougi de leur sang ; les accidents mortels se compteraient par centaines chaque année. Le régime raciste de Prétoria, menacé depuis des années de sanctions économiques qui prennent le visage de l’arlésienne, ont pris les devants.

Un programme dit "S.A.S.O.L." prévoit de transformer le charbon en pétrole. Trois unités de production visant à l’autonomie énergétique de ce pays sont en place. Les entreprises françaises qui ont participé à. ce projet sont étonnamment nombreuses. Air-liquide, Spie Batignoles, COMSIP, Dresser- France, Creusa-Loire, CMP, Merlin-Guérin, BSL, Sabag, Alliage Frittes, Jeumont Schneider, Alsthom, Fisher, Heurtey, Pétrocheur, et les constructions métalliques de Provence.

En France, on importait encore en 1982 4 millions et demi de tonnes de ce charbon Sud-Africain. Capital et immoral riment bien... En 1960 l’African National Congress (A.N.C.), le mouvement africain de libération, était interdit en Afrique du Sud. Entré en clandestinité, il se dote d’une branche militaire. C’est un de ses dirigeants les plus connus aujourd’hui, Nelson Mandela, qui croupit en prison depuis 23 ans et devient un symbole vivant de tout ce qui s’éprend de liberté et de justice de par le monde.

L’Apartheid crée la haine raciale

C’est cette envie de liberté et de justice qu’est venue communiquer à Gardanne Dulcie September. C’est une ambassadrice de droits de l’homme qui était reçue, ce 22 février en Mairie de Gardanne, par le 1er adjoint du Maire, Yveline Jorda.

Les discours furent simples. Ils exprimèrent la solidarité de la commune avec les Africains du Sud. Notes particulières dans cette solidarité : le discours de bienvenue des mineurs de la C.G.T. qui mirent en lumière le maintien du régime raciste grâce à l’exportation de son charbon, qui arrivé ici, casse l’industrie minière ; le bonjour également des mineurs CFDT.

Dulcie September remercie tous ces gens qu’elle ne connaît pas et qui l’acceptent d’emblée. Elle parle ensuite de la situation dans son pays ; « En Afrique du Sud la situation est sans précédent. Les gens disent que même les balles ne les arrêteront plus. Des balles qui sont tirées par les armées, fabriquées sous licence française, de l’armée. De même, la Société TOTAL livre l’essence de la police. Aujourd’hui, les femmes de mon pays s’impliquent dans cette lutte. C’est qu’elles ont vu leurs enfants descendre dans la rue. Ces enfants boycottent l’école où on leur dispensait le strict minimum d’instruction : juste ce qu’il faut savoir pour lire le mode d’emploi d’une machine. Il y a quatre systèmes éducatifs en Afrique du Sud : un pour les blancs, un pour les indiens, un troisième pour les métis, un dernier pour les africains. Le pouvoir est sans cesse en train de diviser les gens. C’est ainsi qu’il déplace les tribus entières vers d’autres territoires que les leurs. Cela accentue les tensions avec les populations autochtones. »

Dans les mines on sépare les travaileurs selon leur ethnie. Certains avantages sont donnés à un groupe et refusés à d’autres. Immanquablement cela créé encore des tensions. Tout cela pour que le pouvoir blanc puisse dire « voyez ils ne peuvent pas vivre ensemble, sans nous ! »

« Vraiment, l’Apartheid est le système organisé de la division à tous les niveaux. Il ne peut être réformé, seulement détruit ».

 

Dans l'actu

Piscines

Le Pass sanitaire demandé à l’entrée des établissements