Ville de Gardanne
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Clôture de l'année Cézanne à la Médiathèque par une exposition des résidents de la Maison
lundi, 27 novembre 2006
/ Bruno Colombari

L’année Cézanne à Gardanne s’achèvera donc par une exposition originale de 10 tableaux inspirés de l’œuvre du peintre aixois. Visible à la Médiathèque du 5 au 30 décembre, cette exposition a une particularité : elle est le fruit des résidents de l’accueil de jour de la Maison, le centre de soins palliatifs. La Médiathèque présentera à cette occasion les acquisitions de l’année Cézanne. Un goûter vernissage en présence des artistes et de l’animatrice, Patricia Prunelle, est prévu le vendredi 8 décembre à 16h.

D’autre part, l’Office de tourisme prolonge jusqu’à la fin de l’année ses visites guidées gratuites et bilingues (français-anglais) des sites cézanniens de la commune. Elles comprennent une projection d’un documentaire dans l’auditorium de la Médiathèque puis un parcours de la maison de Paul Cézanne cours Forbin au cabanon du Claou en passant par le musée de plein-air sur la colline des Frères, le hameau du Payannet et le quartier Ribas.
Inscriptions à l’Office de tourisme.
Dans notre rubrique Cézanne à Gardanne, retrouvez des portfolios, une plaquette à télécharger, le programme de l’année et des liens utiles.

Témoignage de Patricia Prunelle, artiste intervenante pour l’atelier d’arts plastiques au centre de jour de la Maison :

Régulièrement depuis juin 2005, j’anime au centre de jour des ateliers d’Arts Plastiques ; et cet été, à l’occasion des évènements culturels en l’honneur de Paul Cézanne, nous avons relevé le défi de participer à notre manière à cette dynamique. Une dizaine de personnes a réalisé des reproductions et des œuvres inspirées librement de Paul Cézanne à partir des techniques de peinture à l’huile. J’ai procédé comme dans un atelier d’Arts Plastiques ordinaire . Tout d’abord, j’ai commencé par des cours d’initiation à la peinture à l’huile à partir de l’observation et de la compréhension du monde qui nous accueille ( le haut, le bas, le proche, et le loin) et du primat de la lumière sur toute chose.

Le cadre de notre atelier se prête à cet exercice de concentration. Ici c’est lumineux, l’espace est habité d’objets créés , hétéroclites, colorés, drôles et sensibles. C’est une caverne d’Ali Baba où des objets fantasques côtoient des créations fluides, complexes et variées. La baie vitrée s’ouvre sur un petit patio où une fontaine glougloute, cachée sous des plantes. Des gnomes en terre, des animaux fantastiques font la pose, attendant qu’on détourne le regard pour reprendre leur farandole légendaire.

Combien d’artistes rêvent de disposer d’un tel lieu pour convoquer les muses !

Cette attention aux choses qui nous entoure a ainsi, permis l’émergence d’un processus d’élaboration technique et théorique, mais surtout poétique et sensible. Mes apprentis-artistes se sont révélés à la fois rigoureux et créatifs. Les œuvres en témoignent. Malgré leurs réalités, en effet certains ont une mobilité plus que réduite, d’autres sont affaiblis par la maladie, le désir de création commun au groupe était le moteur de ce rendez-vous régulier. Nous avons participé à un concours organisé par le Conseil Général et c’est une de nos artistes qui a remporté le premier prix avec une œuvre qu’elle a réalisée avec sa bouche.

Depuis des années, j’ai une expérience conséquente d’ateliers menés avec des publics en difficulté mais ce que je vis à La Maison de Gardanne est particulier.

L’analyse de mes expériences m’induit à penser que la pratique artistique avec des personnes en souffrance laissent place à une apparition éphémère de ce qui ne peut pas être dans le quotidien.

Comme le disait Henri Michaux : « Toute trace est une cicatrice, c’est-à-dire une blessure en voie de guérison ».

Dans ce lieu où il est aussi question d’Art, de créativité, toutes les personnes impliquées sont interpellées par cette réflexion de Henri Michaux.

En effet les activités artistiques du centre de jour de la Maison sollicitent l’humanité des personnes. Ce lieu de vie est avant tout un lieu d’Etre où ceux qui sont soignés soignent ceux qui soignent, par leur humanité, par la tension qui relie les uns aux autres et qui laissent la place à l’émergence de miracles de l’Etre.

Et ces moments de grâce laissent sur leurs passages des traces. Des traces sous forme d’objets œuvres.

Ces objets témoignent de la transformation d’une volonté, d’un désir fort ou fugace en un « Agir » efficient. Celui-ci identifie l’auteur de l’œuvre comme Sujet, acteur à ce moment précis de sa vie ; et cela va provoquer un dépassement de soi. Les limites qu’on pensait trouver là, se déplacent, se dilatent, l’espace est élargi et le désir de participer, de penser et de créer bataille pour vaincre.

Quelle joie d’entendre le matin en arrivant l’une qui dit : « Vite, j’ai besoin de peindre, il faut que je continue mon tableau ! » Ou l’autre. : « Ce lieu pour moi est indispensable à ma vie ». Ou encore l’expérience avec une personne qui nécessite une aide manuelle permanente pour peindre et qui au fil des séances, demande à ce que je lui lâche la main, pour être maître de sa trace .

Ici peut-être à la différence d’autres ateliers que je fréquente, c’est surtout l’instant présent qui prime sur le projet ou le résultat. C’est une maison où des liens invisibles prennent corps dans le matériau. Les gestes, les paroles, les regards sont à l’œuvre intensément. Rires, ponctués de silences imposés par l’effort de création.

Ici plus qu’ailleurs nous inventons un contre-point poétique à notre humaine condition.

Patricia Prunelle


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