Ville de Gardanne
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Éducation : une réforme contestée
Enseignants et lycéens en colère / Stéphane Conty
jeudi, 3 mars 2005
/ Bruno Colombari

L’inspection académique vient d’annoncer la fermeture de deux classes dans les écoles de Gardanne pour la rentrée 2005. Au collège du Pesquier ce seront également deux classes qui disparaîtront. Des fermetures liées à des baisses d’effectifs, mais aussi de moyens, annoncées sur fond de grogne dans le secondaire suite au projet de loi Fillon. Les enseignants de sport redoutent notamment que leur matière, comme quelques autres, devienne optionnelle.

Une diminution de l’effectif de 28 enfants sur l’ensemble des écoles maternelles et primaires publiques de la commune à la rentrée 2005 va entraîner la fermeture de deux classes, l’une à la maternelle des Aires et l’autre à l’école primaire Jacques-Prévert. De plus, un projet de classe passerelle à la maternelle Veline doit être abandonné. Avec cinq classes maternelles l’école des Aires avait une moyenne de 25,4 élèves par classe. La suppression de l’une d’elle va faire passer les effectifs à 30 élèves par classe. Comme le déclarait récemment Grégory Calemme adjoint aux affaires scolaires, « il faut sortir de cette logique quantitative. L’Éducation nationale aurait pu profiter de cette baisse des effectifs pour améliorer les conditions d’enseignement. »
Autre préoccupation pour la commune, les fermetures de classes dans les collèges. Au collège du Pesquier ce sont deux classes qui vont être supprimées à la rentrée 2005, toujours pour cause de baisse des effectifs. L’établissement, qui vient de recevoir sa Dotation Globale Horaire (DGH) se voit allouer 803 heures par semaine pour un effectif de 697 élèves, soit une légère hausse par rapport à l’année précédente. Toutefois, comme le précise Daniel Gobe, professeur d’Histoire-Géographie au Pesquier et représentant syndical SNES, « la DGH diminue depuis des années. En 1990, alors que la situation n’était déjà pas particulièrement brillante, à effectif comparable la dotation aurait été de 888 heures. Ces heures en plus permettaient par exemple d’avoir une option de 2 e langue en 6 e ou pour les élèves qui avaient des difficultés de pouvoir faire la 6e-5e en 3 ans, des possibilités aujourd’hui disparues. Il faut aussi savoir que depuis des années on rogne sur les heures de français, mathématiques, langues et Histoire-Géographie. Au Pesquier nous nous battons pour que les heures “globalisées” comme “l’aide aux travaux personnels” en 6e ou “les itinéraires de découvertes” en 5e-4e soient en priorité redirigées vers ces matières fondamentales. »

Le même accès au savoir pour tous

Et quand on lui fait remarquer que la loi Fillon semble aller dans ce sens, il ajoute : « Certes le projet insiste sur l’acquisition de savoirs fondamentaux, mais s’appuyant sur la notion contestée de “talents” naturels il instaure un collège à plusieurs vitesses et ségrégatif. Ainsi les élèves qui rencontrent des difficultés seront cantonnés à l’acquisition du socle des fondamentaux et n’auront plus accès à certaines matières comme l’éducation physique et sportive, les arts plastiques, la musique... ce qui remet en cause le principe d’une culture commune à tous les élèves. Au lieu de réduire l’accès à l’enseignement pour certains à un minimum, nous réclamons au contraire plus de moyens pour que tous les élèves aient accès aux mêmes savoirs et que ceux qui ont des difficultés puissent combler leur retard. »
En effet, le projet de loi sur l’éducation initié par François Fillon prévoit la constitution d’un socle commun de connaissances. Toute matière n’y figurant pas deviendrait ainsi optionnelle aux examens, avec en tête de liste l’éducation physique et sportive. Comme le souligne Michel Crémonési, professeur d’EPS au lycée Fourcade, membre du Syndicat National des professeurs d’Éducation Physique (SNEP), « c’est un comble quand on entend partout parler du développement de l’obésité chez les jeunes... et des manières d’y remédier, au premier rang desquelles la pratique sportive ! Qui plus est 2004 a été déclarée “année européenne de l’éducation par le sport” par l’Union Européenne, et à la demande de l’ONU, 2005 sera l’année internationale du sport et de l’éducation physique. »

L’éducation physique n’est plus indispensable !

Il semble pourtant que cette préoccupation ne soit pas jugée utile par tous puisque l’éducation physique et sportive n’est pas mentionnée dans l’ensemble des connaissances et compétences indispensables prévues dans le projet de loi de réforme de l’éducation. L’EPS deviendra une matière facultative aux examens, notamment le bac. Dans ces conditions rien ne garantit qu’elle demeura une matière (de cours) obligatoire.
De surcroît le sport scolaire ne se limite pas aux heures de cours d’EPS des élèves. « Le sport à l’école c’est aussi les associations sportives de type UNSS, animées par des professeurs d’EPS et qui permettent actuellement à un million de jeunes, dont 48 % de filles, une pratique sportive de qualité et gratuite. Si l’EPS devient une matière optionnelle et non obligatoire, nous assisterons probablement à terme à une diminution des effectifs des professeurs de sport, et par la même à la disparition de ces structures. D’ailleurs les recrutements ont fortement diminué. Certaines communes comme Aix-en-Provence ont même déjà supprimé les créneaux horaires de l’UNSS dans les installations sportives municipales. »
Au niveau local, Roger Meï a reçu une délégation de 15 enseignants en EPS (sur les 22 qui officient dans la commune), leur confirmant qu’à Gardanne la politique municipale est bien d’encourager et d’aider l’action des associations sportives scolaires. Il les a également assuré de son soutien pour faire intégrer l’EPS dans l’ensemble des connaissances et compétences indispensables de la loi Fillon.
A l’échelon national le SNEP-FSU a lancé depuis quelques semaines une pétition réclamant cette reconnaissance de l’EPS, et qui a déjà recueilli plus de 250 000 signatures. Toutefois le sport n’est pas seul touché par la réforme, puisque des disciplines comme les arts plastiques et la musique devraient connaître le même sort. Après celles du 20 janvier, d’autres actions et manifestations sont donc à prévoir dans les semaines à venir.