Zéro pesticide, 100% écolo Energies 447 - 27 janvier 2016 - Jeremy Noé

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Gardanne s’est depuis quelque temps débarrassée de tous produits chimiques pour l’entretien de ses espaces verts. Une révolution qui, si elle s’est faite plutôt tranquillement, a désormais besoin de votre bienveillance. Explications.

Au XXe siècle, quand il a fallu nourrir les millions de “baby-boomers” après la deuxième guerre mondiale, les pesticides ont été avancés comme solution miracle de l’agriculture intensive. En ce début de XXIe siècle, nous en sommes revenus. Beaucoup veulent mieux manger, se tournent vers les Amap et autres paniers de saison “bio,” sans produits ajoutés nocifs pour l’environnement et la santé. Et les villes dans tout ça ? Elles qui gèrent des stades de foot, des trottoirs, des allées de haies, des bordées de buissons, des parcs et autres espaces verts ? La législation leur imposera de cesser toute utilisation de produits chimiques pour l’entretien de leurs végétaux pour 2017.

À Gardanne, cette démarche a déjà deux ans, initiée par le Centre technique municipal (qui gère la voirie et les lieux publics, entre autres), reprise par les services Environnement et Sports. A l’heure actuelle, la Ville n’utilise plus aucun produit phyto-sanitaire (chimique) pour l’entretien de ses espaces verts, qu’il s’agisse des stades de foot ou même du cimetière : c’est la démarche “zéro-pesticide.” « Je suis un convaincu de l’écologie et sensibilisé au mode de vie bio de longue date. Les élus ont validé cette proposition peu après ma prise de fonctions en 2011, explique Luc Seznec, qui dirigeait le Centre technique à l’époque. On a commencé par tester toutes sortes de méthodes et produits qui ont donné des résultats farfelus. On pourrait écrire un guide là-dessus. C’est le revers d’être précurseur ! » plaisante-il. Et comme aime à le rappeler le maire, « À Gardanne on est au-dessus des résultats de la Cop 21 du mois dernier à Paris. On a passé le stade des intentions pour mettre en oeuvre des actions concrètes. »

Huile de coude
Parmi les méthodes qui marchent : il y a d’abord le paillage, c’est-à-dire la couverture d’une surface de matériaux végétaux ou minéraux pour empêcher le soleil de favoriser la pousse d’herbes. La Ville s’est aussi équipée de nouveaux matériels : rotofils, réciprocateurs, motoculteur... ou broyeur, grâce auquel on peut recycler les bois de coupe pour en faire des copeaux destinés au paillage. Enfin, il a fallu un peu d’huile de coude supplémentaire... « Avant, il suffisait de vaporiser un produit, et on était tranquille pendant six mois. Aujourd’hui, cette mission nous est rajoutée en plus de la propreté, de l’entretien et du fonctionnement de l’espace public au quotidien... » explique Romain Incandela, qui a remplacé Luc Seznec à la tête du Centre technique municipal.

La charge supplémentaire de travail a donc été répartie entre les équipes propreté (qui dans ses tournées à pieds arrache désormais les mauvaises herbes en même temps qu’elle ramasse les détritus), manutention (sur les entrées de ville, les quartiers en périphérie), espaces verts (en charge des rond-points, parcs et jardins, haies...). « Les agents ont très bien compris l’intérêt de la chose, soutient William Guiot, directeur du service des Sports. Certes, ça leur donne un peu plus de travail à certains endroits, mais d’un autre côté ils n’ont plus à manipuler des produits chimiques avec toutes les précautions d’usages, qui sont très contraignantes. » Son service (qui gère donc les stades et autres lieux de pratiques sportives) a coupé court aux produits d’un seul coup. « Ça induit un petit coût supplémentaire dans l’entretien des pelouses sous la forme de plus de passage pour retirer l’herbe morte, plus d’opérations manuelles ou mécaniques. Avec l’avantage de pouvoir se confronter aux éventuelles difficultés sans attendre. Ça fait un an, pour l’instant on n’a pas constaté de maladie sur nos terrains, on touche du bois. »

Non, l’herbe ce n’est pas sale !
Cette petite révolution s’est donc faite sans trop de heurts au sein du fonctionnement municipal - hormis peutêtre au cimetière. « En supprimant les produits on ne pourra jamais supprimer totalement les herbes. En période estivale, ça repousse tous les quinze jours ! » explique Romain Incandela du Centre technique municipal. « Ça ne s’arrête jamais, mais comme on a tellement de zones à traiter et pas que ça à faire, il peut y avoir un petit décalage avant qu’on intervienne. Il y a aussi des zones où on n’intervient que sur demande d’un administré, dès lors que cela devient contraignant pour le public. »

La balle est désormais dans votre camp, vous qui fréquentez les rues au quotidien et voyez peut-être d’un œil soupçonneux la pousse de ces herbes. « Il n’y a plus de produits chimiques dans les écoles, aux jardins, aux parcs : tout est sans phyto. Les administrés doivent se dirent qu’on ne les empoisonne plus, souligne Stéphanie Olivero. Or il y a un problème de perception. Dès que les gens voient de l’herbe, ils trouvent que c’est sale. Bien sûr, il y a un juste milieu à respecter, mais non, l’herbe ce n’est pas sale, ce n’est pas un déchet. » « Ce sont des herbes qui poussent là où on n’a pas l’habitude de les voir, souligne Romain Incandela. Notre démarche est de les limiter au maximum sans utilisation de produits nocifs. En retour, il faut pouvoir les accepter un minimum. » Et William Guiot de conclure avec peut-être la meilleure formule : « Une mauvaise herbe, non seulement ce n’est pas sale, mais cela veut dire qu’on n’a pas pollué à cet endroit là. »