Economie

Une convention pour aider les demandeurs d’emploi Energies 346 - Bruno Colombari

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Le 18 novembre, la Ville et Pôle Emploi ont signé une convention de coopération dans le but d’échanger des informations et des contacts et d’aider les demandeurs d’emploi dans leurs recherches. Trop à l’étroit dans ses locaux, l’agence gardannaise va s’étendre en 2011, alors qu’au niveau national, 1800 postes seront supprimés l’an prochain.

« C’est la première fois que je mets les pieds ici, remarquait Roger Meï le 18 novembre dernier, alors que vous êtes un service public. Je n’avais aucun rapport avec l’ANPE, à qui nous avions mis ce bâtiment à disposition. Cette convention, c’est aussi pour qu’il y ait des rapports humains normaux. » Le ton est donné : la nécessité même d’une convention montre à quel point il était compliqué, pour les services de la Ville, d’avoir une vue précise et exacte de la situation de l’emploi à Gardanne. Les nombreux cafouillages qui ont suivi la fusion entre l’ANPE et l’Assedic, fin 2008, conjuguée à une flambée du chômage due à la crise économique et à une politique nationale de l’emploi inefficace n’ont pas amélioré la situation.

Que dit cette convention ? Son objectif est de répondre au mieux aux demandes du public en difficulté d’insertion professionnelle, notamment par l’échange d’informations et de contacts. Ainsi, Pôle Emploi s’engage à fournir des statistiques à la Ville sur le nombre de demandeurs d’emploi et à l’informer, ainsi que la MAIO, des événements du genre forums emplois, job dating, ou formations. De même, Pôle Emploi s’engage à informer la Ville quand une entreprise du bassin d’emploi propose un recrutement de plusieurs postes.

La Ville, qui a engagé plusieurs actions de lutte contre l’illettrisme (notamment le dispositif Coup de plume en direction des parents d’élèves, dont nous avons parlé dans énergies n°345), souhaite mettre en place un partenariat avec Pôle Emploi pour qu’un maximum de demandeurs d’emploi accèdent à ces formations.

D’autre part, dans la plupart des marchés publics qu’elle passe, la Ville engage les entreprises retenues à embaucher des demandeurs d’emploi en difficulté d’insertion. Pôle Emploi devra de son côté rechercher les personnes correspondantes. Pour mieux être au courant des offres d’emploi existantes, la Ville aura accès aux informations contenues dans le logiciel e-Partenet de Pôle Emploi. En contrepartie, elle s’engage à faire connaître les services de Pôle Emploi aux entreprises qui la contactent.

L’agence de Gardanne traite en particulier les offres des secteurs des transports, de l’industrie et de l’agriculture de tout le bassin d’emploi d’Aix, soit 4 000 offres par an. « Les entreprises gardannaises déposent 1 200 offres par an, et la Ville compte 1 400 demandeurs d’emploi actuellement, constate Alain Bos, directeur territorial de Pôle Emploi. Si tout allait pour le mieux, quasiment tous les demandeurs trouveraient du travail. »

La réalité est tout autre. Même si depuis le mois de mai dernier, l’agence Pôle Emploi de Gardanne traite également la partie indemnisations (auparavant il fallait aller à l’antenne Assedic d’Aix), le nombre de demandeurs d’emploi suivi par chaque conseiller oscille entre 120 et 140, soit plus du double de l’objectif fixé par le gouvernement lors de la fusion ANPE-Assedic fin 2008. Et encore, ce nombre ne tient compte que des demandeurs d’emploi actifs, c’est-à-dire en recherche effective de travail, pas ceux qui suivent une formation.

De même, si Alain Bos met en avant l’importance du suivi personnalisé, encore faut-il préciser que ce suivi ne commence qu’à partir du quatrième mois. Et le délai d’attente pour un premier rendez-vous était cet automne de 19 jours en moyenne. Autant dire que l’annonce de la suppression, en 2011, de 1 800 postes à Pôle Emploi laisse pour le moins perplexe. Aux 1 500 contrats à durée déterminée qui ne seront pas renouvelés s’ajoutent 300 CDI (qui seront transférés à l’Urssaf). En période de fort chômage et de crise économique brutale, voilà une mesure qui s’imposait ! Roger Meï l’a d’ailleurs dit avant de la signature de la convention : « j’ai appris que vous alliez perdre 1 800 emplois, ça doit vouloir dire que tout va bien, sans doute. Je suis solidaire avec le personnel. »

Lors de la journée d’action du 9 novembre massivement suivie, les syndicats faisaient leur compte : pour répondre à l’objectif de suivi annoncé par le gouvernement, il faudrait 78 000 salariés à Pôle Emploi. Ils sont aujourd’hui moins de 50 000. A cela, il faut ajouter toute une série de mesures qui ne risquent pas d’arranger la situation dans les mois qui viennent : l’État devait 80 millions d’euros à l’association pour la formation professionnelle des adultes (AFPA) en 2009, il ne les a pas versés. Dans la subvention annuelle que l’État donne à Pôle Emploi, il manquait l’an dernier 187 millions d’euros. Dans le budget 2011, le montant des primes pour l’emploi diminuera de près de 10%. Dans les très petites entreprises, les aides à l’embauche disparaissent, de même que les primes à l’embauche d’apprentis et de jeunes en contrat de professionnalisation.

Enfin, un contrat unique d’insertion (qui s’adresse prioritairement aux personnes en grande difficulté, et qui est renouvelable tous les six mois) sur quatre va disparaître en 2011. Comme l’a dit le président de la République le 16 novembre dernier  : « le chômage reculera l’année prochaine, l’engagement du gouvernement sera total sur ce front-là. » Vous en doutiez ?

Pôle Emploi pousse les murs

Achetés par la Ville à la Sécurité sociale minière et réhabilités en 2006, les deux tiers des locaux de l’ancienne cité administrative sont occupés par l’ANPE début 2007, qui devient Pôle Emploi en 2009. D’une surface de 584 m2, le bâtiment actuel est vite devenu trop étroit après la fusion avec l’Assedic : les bureaux d’accueil où les conseillers rencontrent les demandeurs d’emploi ne sont qu’une dizaine. Grâce à l’extension (côté Crédit Agricole) de 330 m2, dont 104 m2 à l’étage, l’espace public sera agrandi, avec 21 bureaux d’accueil. C’est l’architecte Marceau Lauricella, déjà en charge de la rénovation du bâtiment il y a quatre ans, qui a été choisi pour concevoir l’extension où seront installés les bureaux du personnel. Les travaux commenceront en mai 2011 et devraient s’achever au premier trimestre 2012. Pendant une partie du chantier, l’accueil du public devra se faire ailleurs, probablement à Aix.