Economie

Rio-Tinto Alcan, le personnel se mobilise Energies 378 - Stéphane Conty

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Fin mars, le groupe Rio-Tinto Alcan (ex Pechiney) annonçait la vente de son activité d’alumines de spécialité en Europe, dont le siège est à Gardanne, au fond d’investissement HIG European Capital Partners. Les 6 et 7 juin, environ 70% des 450 salariés de l’usine de Gardanne étaient en grève à l’appel d’une intersyndicale pour obtenir la poursuite de l’activité de l’entreprise.

Si les syndicats CFDT, FO, CGT et CFECGC ont appelé à la grève ces deux jours là, c’est que se tenait à Paris un comité européen d’entreprise suivi d’un comité central d’entreprise de Rio-Tinto Alcan (RTA). Deux journées auxquelles les représentants syndicaux assistaient et où la mobilisation des grévistes était importante pour leur donner du poids sur les négociations en cours car ils ont des craintes réelles sur la survie de l’entreprise. Le 8 juin les représentants syndicaux étaient reçus en mairie par le Maire Roger Meï et Yveline Primo, sa première Adjointe, pour faire un point sur la situation suite à ces deux journées.

« Nous avons fait réaliser un rapport par le cabinet d’expert Secafi pour nous accompagner, a expliqué Christian Merono, délégué FO et porte parole de l’intersyndicale. Il en ressort que le plan de reprise n’est pas crédible car sur les cinq dernières années le site de Gardanne n’a pas gagné d’argent. Il est basé sur une hausse des prix des alumines, or nous sommes sur un marché très conjoncturel. Et puis ils ne feront des investissements offensifs que s’ils gagnent de l’argent. Par ailleurs l’aspect social est complètement absent du plan de cession. Le but de Rio Tinto Alcan semble plutôt de se désengager des alumines de spécialité pour ne pas avoir à assumer le volet social d’une fermeture. Étant donné le prix de vente symbolique, ni RTA ni HIG ne prennent de risques financiers. Les risques sont uniquement pour les salariés. »

Toutefois la cession du site de Gardanne ne comprend pas l’activité du pôle technologique (centre de recherche en face de l’usine) qui reste dans le giron de Rio-Tinto Alcan, lequel ne s’en va donc pas les mains vides comme le souligne Denis Magne, délégué syndical CFDT : « Rio-Tinto Alcan part avec les brevets, les compétences et retourne au Canada. »

Cette séparation des deux entités a aussi des conséquences sur le patrimoine du Comité d’entreprise qui va devoir être partagé, et sur les emplois du personnel du CE qui pourraient être menacés.

Conservation des acquis sociaux, prise en charge du coût de transfert du patrimoine du CE, maintien d’une prime d’intéressement sur trois ans sont autant de points que les syndicats entendent négocier avec RTA et HIG. « Il y a aussi la mise en place d’une provision par RTA pour le cas où il y aurait un pépin, » précise Christian Merono. « Ça ne devrait pas leur poser de problème puisque d’après eux leur plan de reprise doit marcher,  » plaisante Denis Magne.

Se pose aussi la question de l’arrêt du rejet en mer des boues rouges en 2015. « RTA avait l’intention de se débarrasser de Gardanne dès qu’ils sont arrivés, lance Harold Perillous, délégué syndical CGT. Depuis le début ils avaient connaissance de cette échéance, mais ils ont attendu le dernier moment pour faire les investissements nécessaires. »

Dans les jours qui ont suivi la rédaction de cet article, une commission devait se réunir pour apporter des réponses aux revendications des syndicats. Nous y reviendrons.