Environnement

Questions autour du gaz de houille Energies 351 - Loïc Taniou

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Les grands groupes pétroliers, désireux de diversifier leur approvisionnement en gaz naturel, portent un intérêt nouveau sur d’éventuelles réserves en France, notamment en matière de gaz de houille et gaz de schistes. Ce qui n’est pas sans soulever quelques interrogations.

Fin janvier, Total a bien involontairement déclenché une levée de boucliers en annonçant avoir identifié un site à haut potentiel pour la production de gaz de schistes près de Montélimar. Élus et associations sont montés au créneau en mettant en avant l’impact environnemental catastrophique que peut générer l’exploitation de ces gaz dits non conventionnels, faisant référence aux exploitations calamiteuses réalisées aux États-Unis notamment par le recours à des adjuvants chimiques qui sont venus polluer les nappes phréatiques.

En France, de nombreuses régions intéressent les grands groupes pétroliers, dont celle du Bassin minier de provence. « En 2007, des premières prospections ont été réalisées par European Gaz Limited, groupe australien spécialisé dans le gaz, mais qui apparemment n’ont pas été probants, explique Jean- Paul Icard du BRGM. Concernant notre secteur, d’une surface de 365 km2 autour de Gardanne, il s’agit de demandes d’exploration pour jauger l’importance de la réserve, et pas d’exploitation. Ces demandes sont soumises à l’accord de l’État, via la Dreal (NdlR : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, ex-Drire) qui instruit les dossiers. »

En effet, que ce soit pour la recherche de potentialité ou pour exploiter les réserves, des permis spécifiques doivent être demandés auprès de l’État, car ce dernier est propriétaire des sous-sols, et non les villes. « Un permis exclusif de recherche de mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux a bien été accordé à European Gaz Limited en 2007 puis prolongé par arrêté préfectoral jusqu’en novembre 2012, précise Robert Mounier de la Dreal. Il s’agit de permettre des sondages de reconnaissance concernant le gaz de houille. Il n’a pas eu de forage réalisé à ce jour, il s’agit ici d’une recherche essentiellement bibliographique visant à vérifier si le gaz houiller -Gardanne étant connue pour sa mine dite grisouteuse - est suffisant pour être exploité. Si une exploitation était ensuite envisagée, le groupe australien serait tenu de présenter tout un dossier accompagné d’une enquête publique et les élus et populations seraient bien entendus consultés. »

Depuis le 2 février, le ministère de l’Écologie et celui de l’Énergie ont gelé toute autorisation de travaux en demandant pour le 31 mai un rapport évaluant précisément les enjeux environnementaux liés à ces gaz non conventionnels. Ils ont fait savoir qu’ils exigeraient en cas d’exploitation de solides garanties pour que les foreurs spécialisés, adossés aux géants pétroliers, utilisent des procédés d’extraction propres, sans pollution ni dommage pour l’homme.

Dans tous les cas, si une exploitation du gaz de houille venait à être d’actualité dans le Bassin minier, la municipalité de Gardanne fera le nécessaire, comme cela est prévu dans sa charte de l’environnement, pour que les habitants soient informés, en réunissant par exemple le comité de liaison citoyens/industriels qui fonctionne depuis plusieurs années et dont la prochaine réunion est prévue fin mars.