Marc Pistolesi : « Montand était un réfugié »

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Trois semaines après la cérémonie aux Folies-Bergère, où il a mis le bazar en appelant sur scène toute son équipe, Marc Pistolesi est toujours au travail, pied au plancher. Quand on finit par le joindre, il est en résidence au Théâtre Toursky à Marseille où il prépare pour le festival d’Avignon une pièce avec Christina Rosmini. Il y est question de Brassens, un autre monument de la chanson française. A la hauteur d’Yves Montand, dont l’histoire, qu’il a mise en scène dans Ivo Livi (spectacle musical écrit par Ali Bougheraba) a été plébiscitée par le public et la critique depuis l’automne dernier.

En complément de l’article paru le 4 juillet dans Energies 477, voici l’interview complète qu’il nous a accordée le 20 juin 2017.

Quel est l’impact d’un Molière dans une carrière théâtrale ?

Ce n’est pas une finalité. Je ne l’ai jamais attendu. On travaille, et puis un jour on décide de nous récompenser. C’est super. Ça représente de la fierté, parce que ce sont les gens du métier qui votent, c’est une reconnaissance de notre travail. Ce que ça peut nous amener ? Des gens veulent travailler avec vous parce que vous avez eu un Molière. Je préfère qu’on travaille avec moi parce qu’on a aimé mon travail.

La pièce a bien marché, elle a eu un bon accueil critique, un bon accueil du public, il y a une centaine de dates en tournée, peut-être que le Molière va nous amener des dates en plus, parce que pour des programmateurs, le prix est une valeur sûre. Si ça nous amène d’autres dates, c’est génial. Nos copains sont contents pour nous. C’est une étape, il ne faut pas s’arrêter de travailler, il ne faut pas attendre.

D’où vient ce spectacle musical sur la vie d’Yves Montand ?

L’auteur du spectacle, c’est Ali Bougheraba. C’est lui qui m’a demandé de faire la mise en scène. On travaille ensemble depuis vingt ans, en tant que comédiens, de partenaires. En 2013, j’ai fait la mise en scène de L’Odyssée de la moustache. On s’est aperçu qu’on fonctionnait bien, tous les deux, il comprend ce dont j’ai envie en tant que metteur en scène et je comprends son écriture, il y a quelque chose qui fonctionne bien. Je ne m’éloigne pas de ce qu’il est, mes idées se fondent avec sa personnalité.

C’est pour ça qu’après avoir écrit Ivo Livi, il m’a demandé de faire la mise en scène. Les comédiens étaient déjà là, d’un spectacle précédent. Quand j’arrive, j’ai des idées, il me faut ma part de liberté, je sais ce que je veux. Il y a un rythme dans l’écriture d’Ali, on a les mêmes influences tous les deux, c’est pour ça que c’est facile.

Le rythme se place, à la base je suis batteur, j’axe beaucoup mes mises en scène sur le rythme, les respirations, la mise en place... Après, chaque comédien propose des choses. Je fonctionne comme un chef d’orchestre, et moi je dois faire un concert avec ça. Le choix a été d’accepter sa proposition.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ?

Notre producteur, Pascal Guillaume, a vu un spectacle qu’avait écrit Ali, l’histoire de René Sarvil, qui écrivait des opérettes dans les années 30. Il a proposé de faire la même chose avec quelqu’un de plus connu : Yves Montand. Tout de suite, Ali a dit oui, c’est une très bonne idée. Il a fallu faire des coupures, transformer vingt pages de texte en une seule. Le spectacle dure 1h45 et va d’avant sa naissance à sa mort. La moitié du spectacle raconte son enfance, pendant 50 minutes, jusqu’à ce qu’il arrive à Paris et rencontre Piaf. C’est d’actualité, car finalement Yves Montand et ses parents sont des réfugiés, on peut se dire que ça peut donner des trucs pas mal, au final.

Les Italiens en France il y a un siècle, ça ressemble un peu aux réfugiés aujourd’hui, en effet...

Les immigrés fuient les conditions très difficiles, sinon ils resteraient chez eux. Et puis, ça pourrait nous arriver. On n’est pas à l’abri non plus, il suffirait d’une étincelle... En France, il y a eu les Italiens, les Espagnols, les Arméniens, les Algériens, les Comoriens, et aujourd’hui cette vague de réfugiés qui fuient la guerre. Quand on écrit le spectacle, on se dit qu’il faudrait en parler, parce que les gens ont la mémoire courte, quand même. Mais ce n’est pas un spectacle sur les réfugiés, c’est un spectacle sur Yves Montand. On est dans le registre de la comédie avec beaucoup de poésie, aussi.

On parle de cette arrivée en France, qui n’était qu’une étape, à l’origine ils ne devaient qu’y passer, ils voulaient aller aux Etats-Unis. Mais quand ils sont arrivés à Marseille, il n’y avait plus de visa pour l’Amérique. Il y est allé plus tard, quand il a rencontré Marylin Monroe, mais il avait un autre statut, c’était une star internationale.

On parle de son enfance, sa sœur qui ouvre un salon de coiffure dans le garage, ses parents, le communisme, la guerre à Marseille... Et après il monte à Paris, il rencontre Piaf, il fait des premières parties, il fait du cinéma, puis il rencontre Signoret, Monroe...

N’y a-t-il pas un parallèle entre sa vie et votre carrière, le petit Gardannais qui monte à Paris, qui fait du théâtre, de la télévision ?

J’y ai jamais pensé, sérieusement. Et pourtant je viens aussi d’une ville communiste. J’ai vu les manifs devant la mairie, j’habitais juste à côté, place Ferrer. Ça compte pour moi. Mais je ne fais pas de parallèle avec Yves Montand. Et pourtant... Oui, fils de pâtissier, j’aurais pu devenir pâtissier aussi, puis j’ai fait du théâtre. Je ne suis pas carriériste, je n’ai pas de plan de carrière. Bien sûr, il y a des choses qui résonnent. C’est très familier, quand on parle des quartiers à Marseille, ce sont des endroits que je connais. Pareil pour Ali, il est de Marseille, mais je ne crois pas qu’il ait fait de parallèle avec Montand.

Quels sont les liens que vous gardez avec Gardanne ?

Gardanne, c’est chez moi. C’est dix-neuf ans de ma vie, même si je n’y habite plus. Il y a des choses qui ont tellement pas bougé, les bâtiments... Les images reviennent tout de suite, c’est comme si c’était hier. Mon père habite là-bas, je reviens régulièrement le voir, j’ai des amis d’enfance, les gens qui travaillaient à la pâtisserie, les gens qui m’ont entouré quand j’étais enfant.

Quand je passe devant le magasin, il y a toujours un peu de nostalgie, je regarde le balcon, je me dis que j’habitais-là. Je vais toujours derrière pour voir la fenêtre de ma chambre, qui donnait sur la place Ferrer. On habitait au-dessus du magasin. Mon lien à Gardanne est affectif. D’ailleurs, je vote toujours à Gardanne, ça fait 23 ans que je suis parti, je n’ai jamais changé mon bureau de vote.

Vous allez vous consacrer à la mise en scène, ou continuer votre carrière d’acteur ?

Je suis comédien avant tout, j’adore jouer. Je vais mener de front les deux, même si on me demande surtout de la mise en scène. Ceux qui ont vu ce que j’ai fait sur Léonard, M. Ducci, ils ont aimé ce que je peux amener, je suis flatté. Je vais monter ma compagnie, jouer des spectacles, les mettre en scène. Là je met en scène Tio avec une chanteuse marseillaise, Christina Rosmini, elle raconte sa vie avec les mots de Brassens, on est en résidence au Toursky à Marseille.

L’année prochaine, je vais travailler avec Lionel Parrini, on était à la maternelle ensemble. Sur une pièce à lui, le Gobeur de mouches. Il y a plein de projets, mais j’ai envie de tourner, de la télé, du ciné... Dès qu’il y a un truc qui me plaît, j’ai envie de le faire.

Le Molière a focalisé votre travail de mise en scène et a mis de côté le reste...

C’est ce qui se passe, les gens oublient que ça fait vingt-cinq ans que je suis comédien. Quand on fait Plus belle la vie, on est un acteur de télé... Ça dure un an, on nous met une étiquette, à nous de nous en sortir. Surtout pas rentrer là-dedans. Il ne faut pas croire ce que vous disent les gens. Je ne suis pas que metteur en scène, j’ai envie de jouer. Je suis auteur aussi, mais je veux continuer à créer, ne pas s’arrêter.

J’ai mis en scène autre spectacle qui se joue à Avignon, Touh, au festival off. Celui de Christina Rosmini, c’est au grand Pavois. L’an prochain, je reviendrai en tant que comédien. J’aimerais bien rejouer Léonard. L’an dernier j’avais quatre spectacles en mise en scène, dont un où je jouais. Physiquement, c’est très dur, il faut courir partout.

Le cinéma, à côté du théâtre, c’est du boulot de fainéant, non ?

Louis Jouvet disait qu’au cinéma, pour être un bon acteur, il faut savoir trouver une chaise. On attend beaucoup... J’avoue que je ne trouve pas beaucoup de temps. En ce moment, on est à la bourre pour Avignon, on répète de 10h à 22h.