samedi 18 novembre 2017
 
 
 
Atelier-philo

Le peuple, certes… mais quel peuple ?

Mardi 19 avril, 18h15. Une conférence de Bernard Torney
Mis à jour le vendredi 10 mars 2017
Initialement, cet atelier-philo se déroulait dans les locaux des Citoyens solidaires puisqu’il en était une des activités. Il se déroulera désormais à la médiathèque en raison d’un partenariat avec elle.

Aucun changement, par contre, quant aux thèmes abordés : la continuation d’une réflexion sur les valeurs de ce qu’on appelle la modernité. L’atelier veut soumettre à la question ses prétentions. Il repose sur un présupposé : la philosophie montre les apories dans lesquelles nous vivons.

« Le vrai office de la raison est d’examiner la juste valeur de tous les biens dont l’acquisition semble dépendre en quelque façon de notre conduite. »

René Descartes, Lettre à la princesse Elisabeth de Bohême, 1er septembre 1645

La réflexion sur le malaise démocratique n’atteint sa pleine pertinence que lorsqu’on dépasse l’appréciation de la démocratie existante à la lumière d’une démocratie idéale. On connaît les termes du verdict : écart espéré transitoire, ratés jugés désolants, l’écœurement devant la trahison de l’idéal.
Il est plus fécond de soumettre à la réflexion l’invocation à la notion de peuple contenue dans le terme démocratie.

Une formule lapidaire la définit comme « le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple ». Elle peut servir de fil d’Ariane. Elle est un régime politique où le peuple d’une Cité particulière n’est gouverné que par lui-même ; on appelle peuple l’instance souveraine qui consacre l’autorité, lui donne sa légitimité, ainsi la justice en France est rendue « au nom du peuple français ». Au sein de la Cité le citoyen est membre du souverain, on appelle alors peuple tous les citoyens qui exercent la souveraineté. Corrélativement, le peuple se définit par ce à quoi il se distingue (il est gouverné pas gouvernant) et enfin s’oppose (le roi, les aristocrates, les riches). Ce qu’on appelle peuple est le menu peuple, la catégorie la moins pourvue de ressources matérielles. Par suite gouverner pour le peuple implique défendre les intérêts du peuple, améliorer le sort des plus démunis des citoyens.
On voit l’entrelacement des significations : la particularité ethnologique (nationale), la pluralité sociale, la tension politique au sein du peuple : le tout et à l’intérieur du tout une partie. L’unité du peuple comme corps n’est pas celle d’un peuple un. La souveraineté est sans partage, le peuple est divisé.

Le recours aux urnes rend tangible cette division. En place et lieu de l’unanimité, le rabat sur la notion de majorité. Elle fabrique alors des vainqueurs et des vaincus, perpétue des rapports de force sans fin au risque de rendre illusoire l’idée d’un bien commun.

On voit les arêtes vives du problème : le peuple — assurément — comme principe de souveraineté mais subsiste la tentation pour une partie du peuple de récuser l’autorité élue en prétendant être le seul et authentique peuple. L’impossibilité de se protéger de cette perversion ne peut que désagréger le principe démocratique et en même temps dans le même mouvement de ne pas en émousser le tranchant. Il suffit de voir l’affolement provoqué par un peuple qui rappelle son existence à qui veut l’oublier en ne se comportant pas « comme il faut ». Devoir supporter la bonne compagnie… d’un mal élevé !

 
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