La Boul'angerie

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Voici le texte intégral écrit par Lionel Parrini pour le spectacle musical Sur les routes du soleil présenté à l’occasion de Musiques à Gardanne le 29 juin 2013. En orange, le titre des chansons qui seront interprétées sur scène.

LA BOUL’ANGERIE

(Boutique qui crée des anges)

Genre : Fable.

Résumé : Angelo, un homme sans domicile fixe et sans emploi, s’interroge sur la disparition de la boul’angerie. L’occasion pour lui, dans une quête spirituelle, de retrouver peu à peu les traces d’un soleil intérieur et de découvrir, avec surprise, le nouveau lieu de la boul’angerie…

Nombre de personnages : un seul personnage, avec la présence d’une voix mystérieuse

Premier tableau : Je viens des nuages
Je m’appelle Angelo. Je viens des nuages. J’ai jamais eu de maison fixe mais là j’ai plus de maison du tout. La faute à la boul’angerie. La boul’angerie, c’est une boule qui fait naître des anges. Une fois nés, tu les mets sur un nuage et hop dans le ciel ! Jusqu’à ce que le ciel ressemble à une farandole de sourires. Un sourire, ça te dore le visage. Tu sens bon la brioche. J’ai perdu la boule. La boule qui fait naître les anges. Sans boule, plus de boul’angerie. Plus d’anges. Plus de visage doré. Plus d’été.

Le Sud

Deuxième tableau : Je veux voir des filles
Quand on perd son toit, faut pas s’affoler. Faut ouvrir les yeux. Il y a dans tout panorama – en suspension – une question. Faut juste se poser la bonne question. Et quand il pleut, la réponse brille au loin comme une évidence : un pont. Mais, une fois à l’abri, au sec, les pupilles disent : je veux voir des filles !

Belle demoiselle

Troisième tableau : La musique, c’est ton baiser
Quand t’as froid et que tu n’as même plus de couvertures, tu bouges ta langue pour te réchauffer, et quand le cœur s’emballe : tu chantes. Tu chantes et si ta langue givre malgré tout, tu ouvres la porte de ta tête pour laisser entrer des caresses chaudes. Quand le ciel mouille, la musique c’est ton baiser !

Besame mucho

Quatrième tableau : Voyageur statique
J’ai marché pendant longtemps. Avec l’espoir pour seule valise. Puis, un jour je me suis assis. Je suis plus jamais reparti. Voyageur statique. Quand tu n’as plus de chez toi, il te reste le rêve. Le four de l’âme.

Le temps ne fait rien à l’affaire

Cinquième tableau : Je suis vivant
Je suis pas triste. Je suis vivant. Et je sais me relever. La preuve. Je suis debout. Et je te parle. A toi, le monde invisible. Dans mes veines, de l’encre bleue. Pour te dessiner un peu. Tous les mots que je te donne sont ma farine. J’ai besoin de ça pour me nourrir. A la boulangerie, nous étions nombreux à travailler. C’était difficile. Mais nous chantions la sueur au front.

Bon baiser de Marseille

Sixième tableau : Sans amour, pas de lumière
Une journée sans anges, c’est long. Comme le fond d’une mine sans lumière. Sans amour, pas de lumière, sans lumière, aucune boussole ne te sera d’un précieux secours. Ce qui m’a sauvé, moi, ce sont les notes. Dans ma tête. Elles faisaient des claquettes. J’entends encore les échos de ces claquettes.

Ya Rayha

Septième tableau : Continuer d’y croire
La boul’angerie a disparu : clignement de paupière, puis, le noir. Le vide. Le portail coulissant de la boutique fermée. On a beau avoir la clé. Ce n’est plus la même serrure. Et dans le ciel, plus aucune danse d’anges. Le devoir absolu, tu comprends, est alors de composer à son tour, à son échelle, de la petite taille d’un homme, une promesse. Je n’ai besoin ni de muscle, ni de ruse pour continuer à y croire : juste une cigarette.

Tu vuo’ fa’ l’americano

Huitième tableau : Un cœur affamé
Un cœur affamé qui aime la musique, fait de la musique. N’ importe où. N’importe quand. Elle traverse tes veines et bouscule ton ventre. Elle te dit : Réclame à ton cœur ce qu’il n’ose plus te dire. Vivre comme s’il ne te manquait rien. Et comme il te manque tout, tu épouses l’imagination. Cette délicieuse révoltée.

Figli delle stelle

Neuvième tableau : Ta chérie de toiture
Avec l’imagination, ça sent bon les pains au chocolat. Les sucres d’anges. Les papouilles à l’éthanol. Avec l’imagination, c’est toi qui deviens friandise. C’est toi qui disparais dans d’autres mondes. La Voie lactée devient ta chérie de toiture. C’est elle qui percute ton pouls !

et l’étoile arrive : Adama Dramé pour 20 minutes

Dixième tableau : J’habite le globe
J’habite le globe. Tous les pays sont mes frères. J’aime jouer avec les phrases. Elles sont gratuites et toujours dans ma gorge, prêtes à dégainer au moindre petit silence. Boule lumineuse, revient ! Revient ! Les hommes boudent et vocifèrent mais ne peuvent pas vivre dans le noir sans la lueur d’une passerelle. Offre-moi un trait d’union.

Bambino/Guaglione

Onzième tableau : La passerelle
J’entends dans mes alvéoles les ondes de cette boule absente. Elle me murmure des choses. Elle me dit : La passerelle, ça peut être juste un poème. Avec pas grand-chose. Si je te dis une poésie que j’invente maintenant ? Sans réfléchir. Tu reviendras ? Yaourt. Sac plastique. Doute. Moustique. Homme. Mercurochrome. Crème à tuer les rides. Pain. Pain… ? Il y a du pain dans mon Poème ? Putain, j’ai faim ! Boule, tu m’entends ? J’ai faim !

Ya d’la joie

Douzième tableau : Des îles musicales
Peut-être que tu n’es jamais parti. C’est juste moi qui n’y vois plus. Pour pétrir des ailes d’anges, il faut avoir les pieds nus et l’humilité en bandoulière, juste de la délicatesse, de la sensualité. La sensualité, c’est de la générosité qui prend son temps. En pétrissant des ailes, toi aussi tu voles. Le ciel devient ton autoroute. Tout est bleu. Avec un point jaune. La boule. Je ne pétris plus rien depuis longtemps. Alors, forcément, les anges que je m’invente sont des îles musicales.

Lévana

Treizième tableau : La mer pour faire un vœu
Un jour, y a une fillette qui m’a donné une pièce et m’a dit : c’est pas pour boire. Elle m’a fait rire la mignonne. Avec sa pièce, je n’avais même pas de quoi acheter une bouteille d’eau. Je l’ai toujours dans ma poche, cette pièce. Et si je l’a jetais dans la mer pour faire un vœu. En Corse, ça marche paraît-il.

Le tango corse

Quatorzième tableau : La grande cheminée pour me jeter
Ici, ça marche pas. Pas de vœu mais un aveu : j’en ai marre ! (improvisant une chanson) Quand la boule est partie / j’suis devenu orphelin/ plus d’anges dans la nuit / plus de pain le matin / on a beau taper aux portes/ sans boulangerie / y’a que le chagrin qui l’emporte. Elle te plait pas ma poésie ? J’ai une idée. Et si je montais en haut de la grande cheminée pour me jeter ? Les anges apparaîtront pour me rattraper. En voilà une bonne idée !

La corrida

Quizième tableau : La voix mystérieuse
La voix mystérieuse :
Angelo ! Pourquoi sauter dans le vide ? Souviens-toi de ce que le magicien boulanger te disait dans les coulisses de la boul’angerie : Prendre un rêve et le secouer. Ne garder que le cœur de ce rêve. Le secouer encore. Voir ce qu’il en reste. S’il en reste. Le mettre dans son propre cœur. Et marcher de nouveau. Le cœur léger. un temps court Es-tu sûr de l’avoir bien secoué, ton rêve ?

Les passantes

Seizième tableau : Un secret
La voix mystérieuse : Es-tu sûr de l’avoir bien secoué, ton rêve ?
Angelo : Sais pas trop. T’es qui, toi ?
La voix mystérieuse : Un Secret. (un temps court) La boulangerie a disparu mais le boulanger ? 
Angelo : Il n’est plus là.
La voix mystérieuse : Il n’est plus là, devant toi. Mais il est peut-être en toi, maintenant.
Angelo : En moi ?
La voix mystérieuse : Si tu ne vois plus les anges, c’est peut-être parce qu’ils habitent à l’intérieur de toi.
Angelo : Faut arrêter l’alcool, invisible demoiselle !
La voix mystérieuse : Peut-être que c’est toi maintenant le boulanger.
Angelo : Mais y’a plus de boul’angerie !
La voix mystérieuse : Et si c’était désormais ton ventre, la maison des anges ?
Angelo : Mon ventre ? Un Squat d’anges ? Un nid à anges. Mon ventre ? Une boul’angerie ? T’as trop fumé la liane, toi !

Dix-septième tableau : Aime moi sans me toucher
C’est vrai qu’il est bizarre mon ventre… Et si c’était vrai finalement ? Si j’avais des anges là-dedans ? Comment faire pour les expulser sans violence ? Oh, les anges, vous voulez bien sortir de mon ventre ? Y’a plein de nuages qui vous attendent dehors ! Je vais quand même pas me faire vomir ! Mettez-y du vôtre bande de paresseux ou j’avale du hareng périmé ! (à lui-même) Réfléchis, Pisse-tôt. Réfléchis. Un poème on t’a dit. Une passerelle. Un poème. Et peut-être que… la boule reviendra. La vraie…

Soleil

Suivi de

Funiculi Funicula

Fin