Portrait

Jusqu’au bout de ses rêves Energies 401 - Bruno Colombari

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Installé depuis l’été 2012 à la Tuilerie Bossy, Florian Deneuville est luthier. Il répare, entretient et surtout fabrique des guitares en appliquant ce que lui a appris son maître américain : créativité, minutie et écoute.

COMBIEN D’ENTRE-VOUS peuvent dire qu’à vingt-cinq ans, ils ont réalisé leur rêve ? Celui de Florian Deneuville, c’était de construire des guitares, et il s’y employait déjà dans le garage de sa mère à l’âge de quinze ans. Une décennie plus tard, le voici installé à son compte dans un atelier de la Tuilerie Bossy pour laquelle il a eu le coup de foudre à l’été 2012.

« Je suis passé ici, j’ai rencontré les artisans, il y avait un atelier disponible et en quelques heures, l’affaire a été pliée. Le cadre est juste parfait. Ici, on recherche toujours de nouvelles têtes. On discute beaucoup, on s’inspire les uns les autres, c’est génial. »

POURTANT, RIEN N’A ÉTÉ FACILE pour Florian. Il a travaillé de longues années comme menuisier avant de pouvoir vivre de sa passion, pour s’offrir une année de formation dans le saint des saints de la guitare, la Galloup School of Guitar Building and Repair à Big Rapids, Michigan, Etats- Unis. « J’ai énormément d’admiration pour Bryan Galloup, et il a bien voulu devenir mon maître luthier. Pendant un an, je me suis nourri de ses qualités  : sa minutie, ses recherches acoustiques et surtout son contact humain. Rien à voir avec la réputation de vieil ours que se traînent les luthiers ! »

De là, une expérience et un savoir-faire inoubliables, mais aussi une résolution à tenir : « En France, c’est très compliqué de trouver un maître luthier pour apprendre le métier. Alors je me suis dit que quand je serai à mon compte, le premier apprenti qui viendrait me solliciter serait le bienvenu.  » Et ça n’a pas traîné : « J’ai ouvert l’atelier le 1er août, et le lendemain un jeune de 16 ans est venu me voir. Je l’ai pris sans hésiter. J’aurais tant aimé être à sa place à son âge, je ne pouvais pas lui refuser ça ! Et j’ai bien fait : il est vraiment doué. »

UNE FOIS INSTALLÉ, RESTE LE PLUS DUR : se faire connaître dans un milieu où la réputation est essentielle. « Au bout d’un an, ça commence à venir. J’ai passé du temps dans les concerts, dans des sessions jazz à Aix. J’ai construit des guitares pour des artistes renommés dans le cadre de l’endorsement. C’est-à-dire que je leur offre l’instrument, et eux en font la promo. » Dans son carnet de commandes, il compte déjà Marc Campo, Pierre Luciani et Clinton Fearon, l’ex-guitariste reggae des Gladiators.

Mais fabriquer une guitare pour un musicien, ça implique d’abord de passer du temps, d’apprendre à le connaître. « Dans ce cas, je tire le rideau, on boit un café et on joue de la musique ensemble. C’est un rapport privilégié qui se construit, on pourrait presque parler de psychanalyse musicale  ! » Dans une guitare faite sur mesure, « Il y a environ 50 % de l’univers du musicien, c’est la partie acoustique, et 50% de mon univers, c’est la partie esthétique, ma marque de fabrique. »

VIENT ENSUITE LE TRAVAIL PROPREMENT DIT après le choix des matériaux (acajou, érable, palissandre, cèdre, épicéa) sélectionnés chez un revendeur espagnol de confiance. « Avant, quand je fabriquais des escaliers sur mesure, je croyais faire du travail de précision. Maintenant, je passe des heures sur des surfaces de trois centimètres carrés, avec des rabots de pouce minuscules… Il faut beaucoup de patience et de minutie. »

A côté, il y a aussi la réparation et l’entretien, avec des clients qui peuvent être des musiciens semiprofessionnels, ou des ados qui viennent avec leurs parents pour changer des cordes, par exemple. Ou encore des gens qui amènent des merveilles trouvées dans un grenier, comme cette mandoline vieille de trois siècles qu’il s’emploie à remettre en état. « La valeur travail est très importante pour moi, c’est ce que j’ai appris quand j’étais menuisier. Je me dis que j’ai eu beaucoup de chance, mais il faut savoir la forcer un peu. » A peine installé, Florian voit déjà plus loin : « J’ai le projet de rester ici encore quatre ans, et après d’ouvrir un deuxième atelier en Islande. J’y suis déjà allé, c’est un pays incroyable. »