Ils ont mis la main à la pâte Energies 384 - Jeremy Noé

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Des expériences à faire en famille à la recherche de pointe et aux applications industrielles, il n’y a qu’un pas, que la “Fête de la Science” organisée à Gardanne a franchi avec succès. Récit d’un parcours de surprises et découvertes, de 5 à 105 ans.

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Centre microélectronique Charpak

Un mot à retenir pour la Fête de la Science ? “Pédagogique.” Bien que répartie sur trois sites, et forte de dizaines d’animations, la Fête a affiché une démarche très cohérente : faire partager au public l’utilité incontournable de la science pour comprendre le monde qui nous entoure, et, pourquoi pas, le révolutionner... Première illustration avec Martine Souillard et Samia Dainèche, de la section Jeunesse de la Médiathèque.

Devant leur stand au CMP Georges-Charpak se pressent autant des bambins que de parents avides d’expériences. Avec quelques allumettes, pailles en plastique et un peu de pâte à modeler, Martine et Samia invitent les curieux à jouer les Mc Gyver, et construire une “balle qui vole.” L’une des quatre expériences mise à disposition pour « découvrir la pression de l’air, indique Martine. A travers ces petites expériences simples à faire chez soi, nous voulons faire prendre conscience que l’air existe et qu’il est source d’énergie, même si on ne le voit pas. »

Les enfants s’amusent, et les parents peuvent trouver au stand toute une sélection de livres de la Médiathèque pour continuer les expériences à la maison, lors des longues après-midi d’automne.

Autre atelier, où on retrouve Gilles Campana, de l’association Les verts terrils, en plein cours de fabrication de fusées à eau, bouteille de soda à la main. Autour de lui, une dizaine de petits spationautes en herbe. « Alors la tête va être le moteur. On retourne la bouteille, on va lui rajouter une jupe. Pourquoi une jupe ? On dit bien une fusée non ? »

Après Gilles, Alain Juge et Julien Feledziak prennent le relais d’une affaire plus sérieuse qu’il n’y paraît. Alain est un vieux briscard des fusées à poudre et à eau, le deuxième est membre du club Planètes sciences Méditerrannée. Ensemble, et moyennant une pompe à air, ils aident les enfants à propulser leurs engins jusqu’à près de 100 mètres de haut. Une petite performance, quand on sait qu’au-delà de 300 mètres, tout lancement doit... être déclaré à l’Aviation civile. Pour l’épreuve, les enfants ont d’autres moyens de se distinguer, car on jugera aussi l’esthétique, ou la précision des tirs (une bâche tendue faisant office de cible). Mieux vaut donc bichonner sa fusée avant de parler de mélange eau et air comprimé.

Ils ont délaissé les fusées, mais pas les jouets. Maxime Elbaz, en classe de terminale, présente les créations du club Robotique du lycée Fourcade. Créé il y a quelques années, le club rassemblait au début une poignée de mordus de robots dans un couloir. Il a aujourd’hui sa salle, et participe chaque année au concours Eurobot, avec des résultats croissants. Vincent Caraveo est dans le même trip à l’école d’ingénieurs Ismin site Georges- Charpak, mais voit encore plus loin : avec la dizaine de membres du club Robots X-Mines, il travaille actuellement avec le service Jeunesse de la ville pour sensibiliser les ados aux systèmes électroniques et à la programmation.

« L’idée est de leur faire élaborer un scénario où évoluera un robot, et de réaliser le cahier des charges, explique Maxime. Ils nous disent par exemple : on a un château- fort, le robot doit l’attaquer, et pour entrer, il lui faut déplacer des objets et le mettre sur une borne pour ouvrir la herse. Nous achetons les composants, faisons la programmation, ensuite nous leur expliquons le code, démontons et remontons le robot avec eux. » Cette démarche est soutenue par le Conseil général.

« Les enfants, il faut bien travailler à l’école, intéressez-vous aux matières qu’on vous apprend, car vous pouvez avoir une très belle vie si vous créez de bon produits, » explique Fabrice Marion, créateur d’un scooter entièrement électrique, élaboré au sein de sa PME XOR Motors installée au puits Morandat. Pas sûr que la trentaines d’écoliers devant lui saisisse toutes les subtilités de la croissance (« C’est vendre bien de bons produits,  » dit-il) mais la démonstration du scooter séance tenante aiguise leur curiosité.

« C’est quoi la marque du scooter ? Comment vous l’avez fait ? Vous avez pris des pièces de motos ? » demande-t-ils. Le scooter de Fabrice est l’un des plus performants de sa catégorie (autonomie de 75km, se recharge en 1h20 seulement). Homologué depuis quelques mois, il cherche désormais un investisseur pour le commercialiser à grande échelle. « Je suis là parce que je me sens investi d’une mission vis-à-vis des jeunes, explique Fabrice. Il faut leur montrer l’intérêt des études et des sciences. »

Prenez Michel Demeret. Cet autodidacte a fait de la mécanique une passion. Aujourd’hui les moteurs n’ont plus aucun secret pour lui. « Quand on n’y connaît rien, c’est déjà bien de regarder son moteur, de comprendre comment ça marche, de se familiariser avec lui, explique Michel. En cas de panne le but est de chercher à remettre exactement comment ça marchait avant. Il faut prendre le temps et ne pas se précipiter. C’est une question d’observation et de bon sens. Pareil pour les vélos, les aspirateurs. On peut même arriver à contourner l’électronique, comme ça. »

Les jeunes participants à la Fête de la Science ne seront pas tous ingénieurs ou entrepreneurs, mais peut-être qu’au fil de l’école et des découvertes avec les parents, ils pourront très concrètement mieux appréhender le monde qui les entoure, comme Michel, Fabrice et les autres. C’est en développant les petites curiosités qu’on fait les esprits vifs !