Portrait

George Malliaras, entre bio et électro Energies 330 - Bruno Colombari

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Depuis septembre dernier, il a quitté l’université de Cornell, dans l’État de New York, pour s’installer au CMP Charpak. L’école des Mines de Saint-Étienne a confié à George Malliaras la mission de créer un nouveau département, celui de bioélectronique, dont les débouchés pourraient bouleverser la recherche médicale.

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Centre microélectronique Charpak

Il n’a que quarante ans, mais son CV donne le vertige. Diplômé de l’université de Salonique en Grèce (il est né à Serres, dans le Nord du pays), George Malliaras passe ensuite six ans à l’université de Groningen (Pays-Bas) où il décroche un doctorat en nanotechnologies. Il part ensuite à San Jose en Californie, chez IBM, avant de d’obtenir il y a dix ans un poste d’enseignant à la prestigieuse université de Cornell, la douzième du monde.

« Il y a trois ans, j’ai discuté avec un collègue de l’université de Columbia à New York qui m’a parlé du projet de l’école des Mines de Saint-Étienne. Puis j’ai rencontré Philippe Collot (le directeur du CMP Charpak, NdlR), il m’a présenté sa vision pour le centre microélectronique, comment il s’intègre dans la région, ça m’a paru très intéressant. »

Si la mission de créer de toutes pièces un nouveau département surnommé BEL, pour BioELectronique a tout de suite attiré George, l’opportunité de se rapprocher de son pays a également compté. Et comme sa compagne est Irlandaise, la Provence était un bon compromis, à mi-chemin entre Athènes et Dublin. Sans même parler du climat, plus proche de la Grèce que de la Nouvelle-Angleterre et ses hivers glacés !

Plus sérieusement, « c’est toujours bien pour un chercheur de changer de challenge, de renouveller sa manière de penser. Ici, le cadre est excellent, on a une salle blanche fantastique et on est dans une région très dynamique, en liaison avec de nombreuses entreprises innovantes et des hôpitaux comme La Timone à Marseille.  »

Actuellement, le tout nouveau département bioélectronique compte un étudiant thésard arménien et un chercheur israélien. « Dans cinq ans, on devrait être entre sept et dix permanents, avec une trentaine d’étudiants et de chercheurs. » Dans le monde, les écoles qui travaillent dans ce domaine se comptent sur les doigts de la main. « Ce qu’on cherche, c’est à mieux comprendre ce qui se passe entre les polymères conducteurs (comme le plastique) et les cellules vivantes. Cette interface est très importante, mais c’est quelque chose de très difficile à prévoir. D’ailleurs, à chaque fois qu’on essaie de prévoir quelque chose dans la technologie, on fait des erreurs. »

Parmi les axes de recherche, on peut citer ainsi des biocapteurs pour l’hygiène alimentaire et l’eau potable qui mesurent les toxines. « Ce sont des technologies qui utilisent des matériaux organiques et qui seront peu coûteuses, bien adaptées pour les pays pauvres. » Autre exemple, des puces intégrées dans du textile et capables de stimuler la main d’une personne dont le bras est immobilisé. A une échelle de vingt ans, il devrait ainsi y avoir des implants qui permettront de prévenir, au niveau du cerveau, les maladies de Parkinson, d’Alzheimer ou encore les épilepsies.

A ce niveau, les questions éthiques sont inévitables. « Il faut toujours y penser, bien sûr. Les chercheurs en bioélectronique sont en contact étroit avec la communauté de la bioéthique. Il y a débat : aux extrêmes, il y a ceux qui disent qu’il ne faut pas utiliser de nouvelles technologies dans le corps humain, et d’autres qui affirment que si ces technologies améliorent le corps humain, alors il faut le faire. Je pense qu’il faut être prudent, il faut des régulations. Il est important aussi qu’en démocratie, le public soit informé et participe au débat. »

En attendant, George va essayer de trouver le temps de découvrir la région, et d’acheter une maison. Après avoir ajouté une nouvelle ligne à son CV, où Gardanne côtoie désormais Salonique, Groningen, San Jose et Cornell.