Gardanne, terre d'innovation Energies 448 - 10 février 2016 - Bruno Colombari

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Bien avant la création du label “FrenchTech,” Gardanne a accompagné et soutenu les jeunes entreprises innovantes qui trouvent ici de quoi mener à bien leurs projets qui feront les emplois de demain. L’espace partenarial de recherche et développement du campus Georges-Charpak en est un maillon essentiel.

Pour aller du centre-ville de Gardanne au campus Georges-Charpak, on peut faire un détour par Las Vegas. C’est là que se tient chaque année le CES, le Consumer electronics show. Et c’est au CES qu’ont été présentés pour la première fois le magnétoscope, le lecteur de CD, le DVD ou la télévision HD.

Quel rapport avec Gardanne ? Cette année, du 6 au 9 janvier, trois nouvelles pousses passées par l’avenue de Mimet (NawaTechnologies, Fenotek et Selerys) étaient présentes là-bas. Car le campus de l’école des Mines de SaintÉtienne n’est pas qu’un endroit où l’on étudie pour devenir ingénieur. On y accueille aussi des startups et des entreprises ayant des besoins spécifiques. C’est le rôle de l’EPRD, l’espace partenarial de recherche et développement, créé en 2004 et qui depuis a accueilli une vingtaine de projets, dont sept créés par des étudiants. Avec un taux de réussite plutôt brillant : 90 % de taux de survie après trois ans, 85 % après cinq ans. Qui dit mieux ?

« L’école des Mines a décidé en 2014 de faire la même chose à Saint-Étienne, explique Michel Fiocchi, directeur de l’entrepreunariat au campus Georges-Charpak. On accueille huit à dix projets sur chaque site. » L’EPRD est différent d’un incubateur (création d’entreprises), de la pépinière (accueil mutualisé) ou de l’hôtel d’entreprises (hébergement, comme au pôle d’activités Morandat).

ANNONCER LES ORAGES, ACCUEILLIR LES VISITEURS À DISTANCE

Ici, on trouve de tout : Selerys, par exemple, est en train de concevoir une solution météo pour prévoir très précisément dans le temps et dans l’espace l’arrivée d’un orage à partir d’un radar au sol. « Il y a des débouchés pour l’agriculture, pour le bâtiment, pour les évènements sportifs, les concerts en plein air... » énumère Fabrice Caquin. Un logiciel auto-apprenant permet de perfectionner les prévisions. Qui sont de plus en plus changeantes, dérèglement climatique oblige.

À quelques portes de là, chez Fenotek, on est fier de présenter son dernier-né : un portier électronique à placer près de votre porte d’entrée baptisé Hi) et qui ressemble furieusement au robot Eve dans le film Wall-E. Connecté à votre smartphone, Hi) vous avertit quand quelqu’un arrive chez vous en détectant les mouvements, en filmant le visiteur et en ouvrant (si nécessaire) votre porte à distance. Terradona et son tri sélectif connecté (énergies 434), Microvitae et son capteur d’activité électrique du cerveau (énergies 394) ou NawaTechnologies et ses batteries du futur (énergies 416) sont d’autres exemples d’entreprises passées par l’EPRD et qui ont grandi depuis.

Car bien sûr, l’objectif final n’est pas de faire le buzz sur les réseaux sociaux en posant aux côtés de ministres à Las Vegas (enfin, pas seulement). Il s’agit de créer des emplois innovants dans des secteurs amenés à se développer fortement dans l’avenir : l’énergie, la protection de l’environnement, la gestion des risques et la santé. En s’ouvrant le plus possible sur l’extérieur, comme l’avait demandé Roger Meï en 2002, le campus Charpak remplit ainsi ses missions d’accompagnement de l’innovation et de diffusion de la culture scientifique.

QUESTIONS À

Maurice Brondino, conseiller municipal délégué à l’économie, la formation et l’insertion et Véronique Sémenzin, conseillère municipale déléguée au développement de la ville numérique

Énergies : Les jeunes entreprises innovantes travaillent sur l’énergie, l’environnement ou la santé. Ces secteurs créeront-ils de l’emploi dans les prochaines années ?

Maurice Brondino : Oui, ce sont tous des secteurs d’avenir. Il y a beaucoup de choses qui se font dans ces domaines. En se développant, ces entreprises vont recruter et chercher des compétences dont certaines existent ici. Il y a des jeunes de tous niveaux, et l’objectif est de garder dans la région des jeunes qui se forment ici et qui partent pour trouver du travail. La Ville est prête à mettre en place des formations pour répondre à la demande des entreprises de ces secteurs.

Énergies : Comment accompagner ces entreprises pour qu’elles embauchent localement ?

M.B. : Il faut d’abord mettre en commun les ressources existantes sur le territoire, les organismes de formation, la MAIO, l’AAI, Pôle emploi, etc. À la Maison de la formation de Biver, on réfléchit à la mise en place, ponctuellement, d’un guichet unique qui regrouperait les différents partenaires de l’emploi et de la formation pour faciliter le contact avec les demandeurs d’emploi et les entreprises. Il faut arriver à mettre en lien les deux bouts de la chaîne. Ces entreprises nouvelles sont aussi une vitrine pour la ville. On peut les mettre en relation avec des demandeurs d’emploi, on peut aussi les aider à trouver des locaux sur place quand elles s’installent ou s’agrandissent. Les ancrer sur le territoire, c’est aussi un moyen de développer de l’emploi ici.

Énergies : Quel est le niveau d’équipement de Gardanne en terme de réseau fibre optique ?

Véronique Sémenzin : À chaque fois qu’on fait des travaux de voirie, on pose des fourreaux dans lesquels on pourra installer la fibre plus tard afin de limiter les coûts et les nuisances. La Ville dispose d’un réseau fibre privé qui dessert les bâtiments municipaux et les écoles. Le réseau va prochainement s’étendre jusqu’à la future cuisine centrale de la zone Avon, Biver et la Maison de la formation. Le campus Charpak est également desservi par le réseau universitaire Renater. Les collèges Péri et Pesquier devraient être raccordés d’ici 2017, le lycée Fourcade un peu avant.

Énergies : Et pour les habitants ?

V.S. : Ça ne dépend pas de la Ville mais d’une structure intercommunale, la Capaix, qui ensuite négocie avec les opérateurs. C’est la même chose pour les zones d’activités. Il faut rappeler que la vidéoprotection est reliée au réseau fibre de la Ville, de même que les contrôles d’accès des salles municipales. Ce sont des services qui profitent déjà aux habitants. On peut envisager que l’accès à Internet via la fibre optique pour les particuliers à Gardanne sera effectif dans quelques années.

Regards croisés

Michel Fiocchi directeur de l’entrepreunariat au Campus Charpak de l’école des Mines de Saint-Étienne
« Depuis dix ans, le principe de l’EPRD est resté le même : on accompagne des projets innovants qui profitent à nos élèves ingénieurs. La panoplie de services a évidemment augmenté, les partenaires locaux aussi. On a maintenant des entreprises qui viennent de l’étranger, du Canada, des États-Unis. L’objectif est de les fixer ici. La crise de 2008 a incité de nombreux cadres à faire une reconversion accélérée et à créer leur propre entreprise, certains se tournent vers nous. Nos élèves qui se lancent restent en général un an, un peu moins pour ceux qui ont un projet lié au numérique qui nécessite peu d’investissement. L’important, c’est qu’il y ait une mixité entre porteurs de projets, élèves et chercheurs. »

Guillaume Eberwein Fondateur de la société Swap, hébergée dans l’EPRD Charpak
« J’ai étudié pendant trois ans ici, sur le campus Charpak et j’ai gagné un concours interne de l’école des Mines avec un an d’hébergement à la clé. Ma grand-mère, qui a 91 ans, s’est perdue un jour dans Paris. Il y a un million de personnes touchées par la maladie d’Alzheimer en France, et chacune a en moyenne deux aidants. C’est pour elles qu’avec quatre autres étudiants on développe un bracelet connecté qui signale les chutes, permet de géolocaliser la personne et donne son rythme cardiaque. Toutes ces infos sont envoyées sur le smartphone d’un aidant familial. On a fait un prototype et on travaille avec un CHU de la région qui le teste. L’idée est de faire un objet le plus design possible qu’une personne âgée puisse porter comme une montre. »

Jacques Kools fondateur de la société Encapsulix, installée à la zone Avon
« Comme vous l’avez remarqué à mon accent, je suis Belge. J’ai passé huit ans chez Philips aux Pays-Bas, puis j’ai travaillé en Californie dans la Silicon Valley. Quand j’ai eu envie de revenir en Europe, Provence Promotion m’a incité à créer une société dans la région. Encapsulix a été créée en 2011 et l’EPRD Charpak nous a permis de bénéficier de la salle blanche. Nous concevons des machines qui déposent une très fine couche d’alumine sur des panneaux photovoltaïques, des lampes, des écrans de téléphone ou de télévision pour les protéger de la corrosion. Bientôt, les écrans en plastique souple remplaceront ceux en verre qui sont lourds et fragiles, mais le plastique est moins étanche que le verre. Nous sommes actuellement sept salariés, cinq autres devraient être embauchés d’ici la fin de l’année. »