Gardanne cultive le partage Energies 447 - 27 janvier 2016 - Stéphane Conty

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Lancé à l’été 2014, le jardin partagé de Gardanne a depuis connu une belle évolution et arrive maintenant à une nouvelle phase de son développement. Création d’une association des jardiniers et mise en place de parcelles individuelles figurent parmi les principales nouveautés prévues pour 2016.

C’est dans la salle du conseil de l’Hôtel de ville que le maire Roger Meï et Jocelyne Arnal, adjointe au maire déléguée à l’agriculture ont reçu jardiniers et partenaires du projet le 4 janvier dernier pour faire un point d’étape et envisager l’évolution du projet. Faire pousser fruits, légumes et fleurs, développer la biodiversité et créer un lieu de rencontres convivial autour de pratiques écologiques, autant d’objectifs auxquels devait répondre le projet dès sa création. Et ici pas de produits phytosanitaires ou de cultures intensives. On enlève les mauvaises herbes à la main, on arrose avec un arrosoir pour économiser l’eau et on cultive bio.

Encadrés par un salarié des ateliers de Gaïa, chantier d’insertion en culture biologique installé non loin de là, chemin du moulin du Fort, les participants inscrits dans la démarche n’ont pas chômé. Outre la mise en culture de la parcelle commune sur une partie déjà conséquente du demi-hectare de l’espace disponible, une serre, des toilettes sèches, un abri, cinq points d’eau et un espace pédagogique pour les scolaires ont déjà été aménagés.

Cultiver dans le respect de l’environnement
Salades, tomates, aubergines, carottes, poireaux, courgettes, artichauts, cardes, haricots, petits pois, fèves, fraises ont déjà été plantés et pour certains récoltés. L’occasion de découvrir ou redécouvrir les cultures de saisons et des variétés oubliées. L’occasion également de s’initier ou de se perfectionner à la pratique agricole. La récolte est faite en commun et répartie équitablement.

Ici pas d’engrais chimique. Pour enrichir le sol on utilise du fumier de cheval donné par le ranch Merentier voisin. Pour la lutte contre les parasites et les maladies, l’attention portée à la qualité de l’écosystème est primordiale. On va ainsi planter de la bourrache, une plante très pollinisée qui attire les abeilles. En plus on peut manger ses fleurs et faire des tisanes avec ses feuilles. L’association de certaines plantes entre elles lors de la mise en culture va également permettre d’enrichir le sol, les échanges gazeux et de lutter contre les parasites. Hérissons et oiseaux constituent également des alliés précieux pour combattre certains insectes nuisibles au potager dont ils se nourrissent. « Un couple de mésanges va consommer entre vingt et trente mille insectes pour nourrir une nichée, » explique François Mangin-Sintes, animateur du jardin. Deux nichoirs ont ainsi été installés pour attirer ce précieux auxiliaire dans le jardin et un abri camouflé mis en place non loin de là pour que les enfants, mais aussi les adultes, puissent les observer.

Création d’une association des jardiniers
Après presque deux années d’accompagnement par les professionnels des ateliers de Gaïa, les jardiniers vont maintenant prendre leur autonomie et fonder une association chargée de la gestion du lieu et des cultures en partenariat avec la commune. À l’issue de la réunion, trois nouvelles personnes ont souhaité s’inscrire dans la démarche. Pourquoi pas vous ?

QUESTIONS À Jocelyne Arnal, Adjointe au maire déléguée au budget et à l’agriculture

Énergies : Quelle est la philosophie qui a présidé à la mise en oeuvre de ce projet de jardin partagé ?
Jocelyne Arnal : Le choix qui a été fait, audelà de l’aspect purement technique de l’apprentissage et la pratique de la culture de fruits et légumes, c’est la création d’un lieu où puissent se rencontrer, échanger, partager, des personnes issues de tous les milieux, cultures et générations. Notre souhait est que de nombreuses familles gardannaises viennent partager cet espace. La solidarité est un axe fort de la politique municipale, et ce jardin est un outil pour la développer. C’est aussi dans cette optique que nous nous sommes orientés dès le départ vers la culture d’une grande parcelle collective plutôt que sur l’attribution de parcelles individuelles. Ici on cultive en commun et on partage la récolte entre tous les participants. Nous avons également tenu à ce que ce lieu soit ouvert sur l’extérieur. Ainsi sa mise en œuvre s’est faite notamment en collaboration avec les ateliers de Gaïa et le lycée agricole de Valabre. Le jardin accueille aussi des classes d’écoles de la ville qui viennent y cultiver une parcelle qui leur est réservée. Nous pensons que cette démarche correspond à une attente puisque la fréquentation du jardin va en augmentant.

É. : Comment envisagez-vous son évolution ?
J.A. : Nous avons eu une première phase de démarrage du projet qui s’est faite avec l’accompagnement des ateliers de Gaïa, chantier d’insertion en agriculture biologique, qui s’est notamment traduite par la présence de François Mangin-Sintes qui anime le jardin, accompagne les jardiniers dans leurs pratiques et accueille les scolaires. Cet apport va arriver à son terme à la fin du mois de mai de cette année. Nous pensons que les conditions sont réunies pour que les jardiniers soient autonomes. Nous leur avons demandé de créer une association pour gérer le jardin. Bien entendu la Ville, qui fournit le terrain, le matériel, l’eau, reste présente pour accompagner l’association et s’assurer que l’évolution du projet reste conforme aux objectifs de départ. C’est ainsi que nous proposons que soient créées une vingtaine de parcelles individuelles de 20m2 pour ceux qui le souhaitent, avec toutefois l’obligation de continuer à donner de son temps au travail sur la parcelle collective et à rester dans une démarche d’agriculture biologique. Toujours pour rester dans l’esprit du projet, leur attribution se fera par tirage au sort et les parcelles seront régulièrement réattribuées pour éviter qu’il y ait un effet d’appropriation. A notre connaissance nous sommes la seule ville où l’on part d’une parcelle collective, et où malgré la création de parcelles individuelles on conserve la culture en commun. Nous souhaitons aussi que continue le travail réalisé avec les scolaires et que l’association participe aux événement municipaux comme par exemples Troc nature ou la Foire agricole pour rester dans la thématique.

POINTS DE VUE CROISÉS

François Mangin-Sintès,
Salarié des Ateliers de Gaïa, animateur du jardin partagé de Gardanne
"Au niveau des jardiniers nous avons des profils différents. Certains ont des connaissances et des habitudes de pratiques difficiles à faire changer. Nous avons aussi des personnes qui n’avaient jamais mis la main dans la terre et qui se sont prises de passion pour le jardinage. Leurs motivations sont variées et souvent multiples, comme la curiosité, l’écologie, la malbouffe... S’agissant d’une parcelle collective, nous avons un calendrier des travaux à effectuer, et ceux qui viennent s’y réfèrent pour savoir ce qui doit être fait. Avec les parcelles individuelles les jardiniers vont pouvoir s’exprimer d’une manière plus personnelle. Le jardinier c’est un peu le chef d’orchestre de son jardin, c’est lui qui donne le ton et le met en musique. Cette année nous avons aussi eu six classes de primaire de la ville qui sont venues jardiner sur un espace qui leur est réservé. Elles ont pu découvrir le jardin, son environnement et faire des plantations. Ce qui est dommage c’est qu’elles n’ont pas pu beaucoup récolter car ça tombe essentiellement pendant les vacances scolaires."

Stephanie Olivero,
Responsable du service Environnement de la ville
"Depuis sa création le projet de jardin partagé s’articule autour d’une unique parcelle qui est cultivée en commun. La Ville avait signé une convention avec les ateliers de Gaïa pour accompagner les jardiniers dans la création et le développement du jardin. Cette convention arrive à son terme à la fin du mois de mai, et nous avons demandé aux familles qui s’occupent du jardin de se constituer en association pour pérenniser la démarche. La Ville va alors signer une convention de mise à disposition du terrain et du matériel avec l’association, assortie de droits et obligations afin de permettre que le projet reste fidèle aux objectifs qui ont présidé à sa création. Pour les personnes qui seraient intéressées il reste des places, et il suffit de télécharger le formulaire d’inscription sur le site de la Ville, ou de s’adresser directement au service Environnement de la ville, à la Direction des services techniques, résidence Saint-Roch, avenue de Nice. Tél. 04 42 51 79 50."

Lahouari Smili,
Jardinier
"Je suis inscrit dans la démarche du jardin partagé depuis son lancement. Je viens régulièrement, au moins deux fois dans la semaine. Ici c’est un peu comme si j’étais dans mon jardin. Ce que j’aime c’est qu’on croise du monde, qu’on peut discuter, c’est convivial. Nous sommes un groupe de sept ou huit anciens qui viennent régulièrement, nous avons créé un lien, nous partageons notre expérience au jardin. Pour les cultures j’ai aussi appris plein de manières de faire différemment par rapport à ce que je pratique. Quelquefois je suis l’élève, quelquefois je suis le professeur, c’est enrichissant."