En VTT enduro avec Isabeau Courdurier

Mis à jour le

Deuxième mondiale à l’Enduro World Series, la vététiste gardannaise Isabeau Courdurier, 22 ans, a brillamment réussi à concilier ses études et la compétition. Mais comment fait-elle ? Voici l’entretien qu’elle nous a accordé à Gardanne le 19 octobre 2016, deux semaines après la Finale Ligure en Italie.


Crédit photo : Christian Pirozzelli

Comment en êtes-vous arrivée à faire de l’enduro ?

J’ai commencé le VTT à six ans à Gardanne Vélo, comme mon frère. Je faisais du cross country, la discipline qu’on peut voir aux JO. Puis à 14 ans je suis allée en club à Aix où j’ai participé à des coupes de France. Quand j’étais au lycée, ça devenait de plus en plus compliqué de concilier les deux. Puis une amie m’a amenée voir une course en enduro, et j’ai débuté à Allos. L’enduro demande moins de temps d’entraînement que le cross country, et comme je suis très technique, je suis bien meilleure en descente qu’en montée. Et depuis cette année, j’ai trouvé une équipe, Sunn, et je suis passée professionnelle. Il m’a fallu trois ans de travail et d’effort pour atteindre ce niveau de deuxième mondiale, j’étais plutôt entre la cinquième et la dixième place.

Le podium de Bariloche en Argentine. Isabeau, 3e, est à droite.
Le podium de Bariloche en Argentine. Isabeau, 3e, est à droite.
Crédit photo : Duncan Philpott - EWS

Parlez-nous de l’Enduro World Series. Qu’est-ce que c’est ?

L’Enduro World Series, c’est un championnat international qui n’est pas reconnu par l’UCI (union cycliste internationale) et qui se déroule de mars à octobre en huit épreuves avec des courses au Chili, en Argentine, aux Etats-Unis, au Canada et en Europe (Italie, Irlande, France). L’an prochain, il devrait y avoir des épreuves en Tasmanie et en Nouvelle-Zélande. En France, ça se passe à Valberg, Valloire, Allos, en général dans des stations de ski. L’an prochain il y aura une épreuve à Millau.

L’enduro, ça nécessite de bien gérer sa course et d’avoir de grosses capacités techniques. Les spéciales se font en descente, les liaisons en montée. Une journée moyenne en course, c’est 40 à 60 km. Les autres concurrentes sont généralement plus âgées, comme Cécile Ravanel qui a terminé première cette année. Elle est pro depuis l’âge de 16 ans, elle en a 35 et elle vient du cross-country. Avant, il y avait Tracy Moseley, une anglaise qui a fait aussi de la descente. C’est souvent une reconversion en fin de carrière, mais il y a des jeunes qui arrivent et qui sont très fortes aussi, comme la Canadienne Casey Brown.


 
Comment ça se passe avec l’équipe Sunn qui vous a recruté en début d’année ?

L’équipe Sunn prend en charge toute la logistique et les déplacements, je ne pourrais pas faire ça toute seule bien sûr. On est pro, mais ça ne représente pas un gros salaire, mais on s’en contente, après tout pour se consacrer à sa passion, c’est pas mal.

L’équipe Sunn a fait faire un vélo sur mesure, car le S n’était pas à ma taille (1,54 m). Il a fallu en adapter un en fonction de mes cotes, alors que les vélos que j’utilisais avant étaient trop courts au niveau du cadre, et donc étaient moins stables. J’ai un vélo d’entraînement que j’utilise à 80% du temps, et un de courses dont je me sers 20%. En course, le matériel est marqué : la fourche, le cadre, les roues... Si on casse, il faut pouvoir réparer, si on remplace une pièce on a des minutes de pénalité et des points en moins.

A l'Enduro des veilleurs de vie à Gémenos.
A l'Enduro des veilleurs de vie à Gémenos.
Crédit photo : Variable Visual

C’est un sport où il doit y avoir de la casse, non ?

Les blessures, il y en a forcément, oui. On reste sur des courses en descente. Je me suis cassé le coude il y a trois ans, et en octobre pour la finale Ligure en Italie, je suis tombée pendant la reconnaissance, je suis passée par dessus le vélo et j’avais le dos en partie bloqué. Sur les courses, on fait venir un ostéopathe. Avant une course, il y a généralement trois jours de reconnaissance du parcours, on le filme avec une GoPro pour repérer les passages difficiles. Après, on ne peut pas tout mémoriser, sur une spéciale d’une heure c’est impossible. Avant de passer pro, j’ai participé à des courses où on y allait à l’aveugle (sans reconnaissance), mais c’est trop dangereux.

En finale Ligure, en Italie, en octobre. Isabeau termine deuxième.
En finale Ligure, en Italie, en octobre. Isabeau termine deuxième.
Crédit photo : Enduro World Series

Le public est respectueux, il n’y a pas de problème, il se tient derrière les rubalises. Il a intérêt d’ailleurs, sinon il risque de se prendre un coup de guidon dans les virages ! En hiver, je fais beaucoup de vélo de route pour le physique, je vais au Regagnas, à la Sainte-Baume, la Sainte-Victoire. C’est moins fun que l’enduro, mais j’en ai besoin, ça et de la musculation.


 

Comment concilier le sport de haut niveau et les études ?

Je suis en master 2 à Aix à l’ESG (école de commerce) en commerce marketing. L’école m’aide pendant mes déplacements. C’est un peu compliqué de tout concilier, mais à moi de tout faire pour que ça marche. Pendant les examens, en général je suis à l’autre bout du monde, donc je les passe en rattrapage. Quand j’aurai fini mes études, je vais essayer de travailler dans l’industrie du VTT. Mon profil est intéressant pour les marques.

A La Thuile, en Italie.
A La Thuile, en Italie.
Crédit photo : Enduro World Series

Allier le sport et les études, c’est s’imposer beaucoup de rigueur pour ne pas être à la ramasse. C’est un investissement que je ne regrette pas. Je suis capable de me donner à 100%, de me dépasser, d’avoir confiance en moi. Etre dans la nature, ça impose beaucoup d’humilité, de respect. On peut sacrifier beaucoup de choses, ne pas voir sa famille et ses amis, et au final échouer. Ce n’est pas grave, il faut se relever et apprendre. Mes parents m’ont toujours soutenu, ils ont toujours cru en moi même quand mes résultats n’étaient pas bons. Cette année, cette deuxième place, c’est la plus belle chose que je peux leur offrir.

En début d’année je n’y croyais pas, j’espérais faire un podium, j’en ai fait huit (quatre troisièmes places, quatre deuxièmes). En fait, mon objectif était de gagner des spéciales, et j’en ai gagné 7.


 
Quelles sont vos limites ?

Mes limites ? Je n’ai jamais voulu devenir athlète de haut niveau, je m’étais mis une barrière dans ma tête. Mantenant, je ne me mets pas de limites. Tant que ça reste un plaisir, je continue. J’arrêterai le jour où je n’aurais plus envie de me battre. C’est un sport tellement exigeant qu’il faut s’amuser, prendre du plaisir, sinon ce n’est pas la peine. C’est ça que je voudrais transmettre aux jeunes qui voudraient faire du VTT : aimez ce sport tel qu’il est, ne pensez pas aux sponsors et aux fans sur les réseaux sociaux. Prenez du plasir, le reste suivra et les résultats aussi. Autre chose : n’arrêtez pas les études. Si on le veut vraiment, on peut combiner les deux, il y a toujours des solutions.

Au terme de la saison, Isabeau (à gauche) est vice-championne du monde derrière la française Cécile Ravanel (au centre) et devant la suissesse Anita Gehrig (à droite).
Au terme de la saison, Isabeau (à gauche) est vice-championne du monde derrière la française Cécile Ravanel (au centre) et devant la suissesse Anita Gehrig (à droite).
Crédit photo : Enduro World Series