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Coups de coeur... photographiques

Publié le samedi 21 novembre 2009

Nouvelles parutions, notamment chez les petits éditeurs indépendants comme Filigranes ou Images en manoeuvres, documents liés à l’actualité, aux expositions ou aux festivals de la photo : retrouvez ici nos coups de coeur photographiques de ces derniers mois... Et empruntez-les.

Antoine d’Agata
Stigma
Images en manoeuvres

Il semble que l’art, depuis toujours, n’ait eu d’autre but, en forme d’obsession, que de montrer l’immontrable. Ce que nul ne peut voir : dieu, la mort et la nudité. Interdit qu’on ne pouvait transgresser qu’à grands coups d’alibis religieux. Puis vint la photographie, avec sa manie de montrer les choses soi-disant comme elles sont. Telles qu’elles ont été vues, et pour ainsi dire objectivement consignées. Le marseillais Antoine d’Agata montre ce qu’en principe nul ne peut voir. Il n’y a plus guère que dieu qui tarde à se montrer !

Brigitte Bauer
Fragments d’intimité
Editions Images En Manoeuvres

Ils vont souvent par deux. On les voit de dos, pour ne pas les déranger dans leur intimité. Ou pour mieux voir ce qu’ils regardent. Peut-être aussi pour ne pas entendre ce qu’ils se disent. Leurs lieux favoris : les bancs publics, le bord de mer.
Ils ? Les couples, les amoureux, ceux qui se cherchent. Se trouveront peut-être. Ou se perdront pour toujours. Il y a aussi ceux qui sont seuls. Marchent seuls. Méditent seuls, face à la mer. Dans la ville égyptienne d’Alexandrie.


Didier Ben Loulou
Jaffa, la passe
Filigranes

C’est un paysage désolé. Un terrain vague plus qu’une terre. Ou une terre qu’on n’occuperait qu’à défaut d’autre chose. En attendant. Ca ressemble à de la ville. Ou à quelque chose qui l’a été. C’est un chantier abandonné où règnent l’éboulis, l’ordure et la fenêtre murée. Un no man’s land, où l’emplâtre est la matière première de toute création. Et de tout avenir. C’est la Terre Sainte. Soi-disant. C’est aussi du Ben Loulou. C’est-à-dire de toute beauté.

Cédric Delsaux
Nous resterons sur terre
Verlhac

Les premières images sont celles, magnifiques, de la nature à l’œuvre, lorsqu’elle entreprend de modeler la Terre. Trois pages plus loin, commence le monde comme il est. C’est-à-dire à l’image de son plus actif recréateur : l’homme. Suivent les photographies, non moins somptueuses, du monde des machines, des paysages refaits main, des architectures aux lignes parfaites. C’est aussi le lieu des objets bien rangés. Où toute chose est en x exemplaires, tous identiques. Car c’est aussi le monde des produits, de l’accumulation et des déchets. Bref, c’est un univers d’une étonnante netteté. Où l’ordre, jusque dans le désordre, s’impose à l’œil discipliné du photographe. Un monde décidément très très photogénique.

Monique Deregibus
Hôtel Europa
Filigranes éditions

S’il n’y avait la mer, s’il n’y avait les collines, et la langue de certaines inscriptions, on pourrait se croire à Sarajevo, lorsqu’on est à Odessa. Et à Odessa, lorsqu’on est à Marseille. C’est un univers figé dans la pierre, le béton et l’acier, avec ses passerelles provisoires, ses voies d’accès emmêlées, son fouillis de grues, de rails et de containers. Ses grands vides, ses zones de transit, ses travaux à perpétuité.
A Marseille, comme à Sarajevo, et à Sarajevo, comme à Odessa, on croirait parfois qu’il y a eu la guerre.

Brian Finke
Flight Attendants
Filigranes éditions

Elles sont à la fois gardiennes du vide, serveuses de bar aux petits soins, poupées tirées à quatre épingles, aides-soignantes de nos peurs. Elles vivent dans un monde « nickel », couleur d’avion et de tarmacs, où tout est standard et en transit, entre chambres d’hôtels et salles d’attente, envols et atterrissages, entre cabines de toutes sortes et simulateurs de catastrophes. C’est un monde aseptisé. Celui des hôtesses de l’air. Censé rassurer. Admettons.

Daniel Girardin / Christian Pirker
Controverses
Editions Actes-Sud / Musée de l’Elysée

Truquages, manipulations, controverses ont jalonné l’histoire de la photo. Des vrais-faux Amoureux de l’Hôtel de Ville à la dépouille présumée d’Hitler. Des torturés « bidon » de Timisoara aux vrais prisonniers d’Abou Ghraïb. Du républicain espagnol de Capa, fauché par une balle (soi-disant) à la jeune Alice de Lewis Carroll. La vraie. Et puis, il y a cette petite fille en train de mourir de faim, en Afrique, guettée par un vautour. Criante de vérité.

Martin Kollar
Nothing Special
Actes Sud

Lanceurs de haches en compétition. Chevaux dans un hall d’immeuble. Concours de la plus belle culotte, après l’apéro. Tireurs cagoulés du dimanche après-midi. Bronzette tristounette en forêt. Chasseurs en position de tir autour des raffineries. Skieurs de terrains vagues. Pommes de terre à la braise sur parking de centre commercial. Bref, rien de spécial. Il n’empêche : le monde est décidément bien étrange, lorsque Martin Kollar entreprend de l’explorer, avec son appareil.

Laurent Malone
Marseille, novembre 2004-juillet 2007
Editions Laurent Malone

Quelque part, l’appareil photo est un photocopieur. Particulièrement doué, lorsqu’il s’agit par exemple d’effectuer des inventaires. D’objets, de lieux, de corps, de visages. Ou de gestes, de taches à effectuer. Comme arpenter, boire, dormir, jardiner, laver, manger, prier, recevoir, se protéger, vêtir. Laurent Malone les a recensées. Pas n’importe où : dans un hangar pour sans-abris, avenue Roger Salengro, à Marseille. L’appareil photo a beau n’être parfois qu’un fidèle photocopieur, il en dit parfois long sur le monde qui nous entoure, à travers lieux et objets qu’il montre au grand jour. Il est vrai que derrière nombre de photographes d’aujourd’hui se cachent souvent d’authentiques sociologues.

Joséphine Michel
Lude
Filigranes éditions

Paysage urbain shooté à la volée. Chien attaché qu’on aurait pris en marchant. Passants flous, parce qu’on ne veut peut-être pas qu’ils vous voient. Ombres qui ressemblent à s’y méprendre à celles de la photographe elle-même, et comme si elle était à court de sujet. Objets à peine identifiables, et détails en grand nombre du monde connu. Gros plans de pavés, de néons, de reflets. Escaliers souterrains, en lumière artificielle, en pose interminable. Les photographies de Joséphine Lude ressemblent parfois à celles que nous ratons. Que nous effaçons aujourd’hui d’un simple clic de nos cartes mémoire. Attention ! Ces images-là, aussi précieuses que toutes les autres, c’est aussi de la mémoire. La trace de ce qui a été.

Eric Nehr
Portraits
Filigranes

Ils s’appellent Arnaud, Karine, Margaret, Yakouba, Stéphane, Fatou, Christine, Robert-Henri, Darja, Clémence, Audrey, Jean, Malik, Ludivine, Florence, Robert ou Sarah. Apparemment, ils sont nus. On ne voit que leur visage. Nu, et en couleurs qu’on dira naturelles. Tels qu’ils sont, c’est-à-dire ainsi photographiés par Eric Nehr, ils nous ressemblent. Lorsque sortis du cadre protecteur de la représentation, nous ne sommes plus que nous-mêmes. Ce sont ce que l’écrivain Michel Tournier appelait des portraits-nus.

Marc Pataut
Toujours ou jamais
Editions PanamaMusées

Marc Pataut est photographe. De 2003 à 2006, dans le cadre du programme « Culture à l’hôpital », il s’immerge, avec appareil photo et carnet de notes, dans l’Unité Pédopsychiatrique d’un hôpital de Limoges, où sont soignés Florian et Sophie, Judith et Mathilde, Drissia et Marie. Des adolescents qui se construisent, en même temps qu’ils se détruisent. Et se découvrent parfois photographes ou poètes, dans cette complicité inédite avec l’artiste. Bouleversant.

Marion Poussier
(un été)
Filigranes

Elles sont entre elles. Ils sont entre eux. Elles s’ennuient. Ils les regardent de loin. Elles se demandent si. Ils font les intéressants. Elles contemplent leur portable. Ils draguent. Elles s’enlacent entre elles. Ils se lancent. Elles les narguent en rigolant. Ils sont plus timides qu’elles. Elles embrassent pour de vrai. Ils font les malins. Elles pleurent.
Ils sont beaux. C’est l’été. Un été entre parenthèses. Entre l’enfance et l’âge adulte. Un été chez les ados.

Aurore Valade
Grand miroir
Editions Actes-Sud

Tout est inventé, dans ces « intérieurs avec figures ». Sauf tout ce qui est vrai. C’est-à-dire les gens eux-mêmes, en leurs intérieurs. Tout est faux, dans ces images, tout est joué, comme au cinéma, sauf une façon d’être, une manière de vivre. Sauf les scènes immédiatement reconnaissables de nos propres vies, que les reconstitutions photographiques de l’artiste nous restituent. Instantanément ? Non ! Aurore Valade ne cherche pas l’instant décisif. Elle le met en scène.

Collectif de photographes
Clinic
Editions Images En Manoeuvres

Une exploration en forme d’inventaire, autant humain que matériel, de l’univers médical, à travers la photo contemporaine. Avec des contributions photographiques, d’une précision toute chirurgicale, d’une dizaine d’artistes d’aujourd’hui.

Et...

Gaza, la vie en cage
Photographies de Jérôme Equer
Editions du Seuil 2005

Israël Borderline
Photographies de Julien Chatelin
Images en manoeuvres éditions 2008

Jerusalem
Photographies de Didier Ben Loulou
Editions du Panama 2008

Palestine
Photographies de Rogério Ferrari
Edtions le passager clandestin 2008

Visions : Palestine
Photographies d’Andrea Künzig
Editions Kehrer 2004

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