Economie

Centrale thermique : E.on veut arrêter le groupe IV Energies 359 - Bruno Colombari

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Après l’abandon d’un projet de groupe au gaz à la centrale thermique, E.on a annoncé début juin son intention d’arrêter cinq tranches de centrales au charbon en France, dont celle du groupe 4 à Gardanne. Laquelle avait été rénovée en 1995 avec le principe de lit fluidisé circulant qui en faisait une des plus modernes d’Europe. Le projet de convertir cette unité en biomasse (bois) ne rassure pas les salariés et les élus qui interpellent le Gouvernement.

Les années passent, les multinationales se succèdent mais la détermination des salariés reste intacte. Le 15 juin dernier, un mouvement de grève de 24h a paralysé la centrale thermique de Provence, en réaction à l’annonce par E.on de l’arrêt de la tranche IV à partir de 2013. Cette unité, mise en service en 1967, avait pourtant été rénovée en 1994-95 avec la technologie du lit fluidisé circulant (LFC), une première européenne à l’époque en matière de dépollution.

Pas rentable, a décidé l’électricien allemand le 8 juin en annonçant la fermeture de cinq tranches charbon en France : Émile-Huchet 5 (Moselle) Hornaing 2 et 3 (Nord), Lucy 3 (Saôneet- Loire) et Provence 4. Motif : trop polluantes (pour les trois premières) ou pas assez flexibles dans la capacité de production (pour les deux dernières, dont celle de Gardanne).

Principal argument avancé : « Avec les quotas de CO2 qui deviendront payants dès le 1er janvier 2013, sa production d’électricité ne couvrira plus ses frais fixes. Son maintien en service à partir de 2013 contribuerait donc à rompre l’équilibre économique de l’entreprise. »

A titre d’information, E.on affiche pour l’année 2010 un chiffre d’affaires de 93 milliards d’euros, dont 9,5 milliards de bénéfices (1,7 milliard en France où E.on est le troisième producteur et fournisseur d’électricité) qui en fait l’un des trois géants mondiaux dans le secteur de l’énergie, devant Gazprom et GDF/Suez. Pas vraiment une entreprise au bord du gouffre, donc.

Sachant que la centrale de Gardanne est gérée par la Snet, laquelle est filiale à 100% d’E.on France, sachant qu’E.on se targue de 30 milliards d’euros d’investissement dans sa capacité de production entre 2009 et 2011, qui peut croire que l’argument financier est valable ?

Côté salariés, la détermination est à la hauteur de l’amertume. « La CGT de la centrale de Gardanne, par l’intermédiaire du comité d’établissement, a mandaté une étude sur la durée de vie de la tranche 4, explique Nicolas Casoni, délégué CGT. Une première partie de ce rapport a été exposée en CE et nous démontre que la tranche 4 est viable et qu’un investissement minime de 4 à 5 millions d’euros permettrait la poursuite de l’activité au moins jusqu’en 2020. Rien ne justifie l’arrêt de la tranche 4 LFC à Gardanne. Le projet biomasse doit venir en supplément des unités existantes, et non à la place de l’une d’elles. Le conflit démarre aujourd’hui, il va falloir être mobilisé. »

Le jeudi 16 juin, un comité central d’entreprise réuni à Paris donnait l’occasion à E.on de détailler son plan de fermeture : à Gardanne, « 70 emplois seraient directement remis en cause par l’arrêt de l’exploitation de cette tranche. D’autres emplois relevant des fonctions supports rattachées au siège seraient également concernés. [...] La tranche 4 de la centrale de Provence [...] conçue pour tourner quasiment 24 heures sur 24 [...] n’est pas équipée pour satisfaire les besoins liés aux pointes de consommation. »

Justement, les pointes de consommation, il risque d’y en avoir cet été avec la canicule qui s’annonce et l’utilisation intensive des appareils de climatisation. « De plus, souligne Nicolas Casoni, les centrales nucléaires ont des contraintes fortes quand la température est élevée, avec des arrêts de tranche. C’est dans ce cas qu’on fait appel à nos centrales. » Or, ces dernières semaines, la tranche 4 était à l’arrêt, alors que la tranche 5 était en révision.

« Ce sont les critères de marche qu’on nous impose qui posent des problèmes de rentabilité. La Snet aurait les moyens d’investir dans la tranche 4, qui serait alors plus souvent utilisée et qui pourrait redevenir rentable. Mais comme l’État, qui détenait une minorité de blocage jusqu’en 2009, a vendu ses parts, maintenant E.on est actionnaire unique... Et la Snet n’a plus son mot à dire. Même si on remplace la tranche 4 au charbon par une chaudière biomasse, on passerait de 260 à 130 MW de puissance installée. Déjà, la région Paca consomme beaucoup plus d’électricité qu’elle n’en produit. Ça ne va pas s’arranger ! »

Ce n’est évidemment pas le souci principal de la multinationale allemande qui précise que la pérennité de la centrale de Provence est garantie jusqu’à l’horizon 2025 par le maintien en service de la tranche 5 de 600MW. E.on met en avant les 90 millions d’euros investis dans cette tranche avant 2008, c’est-à-dire à l’époque où le propriétaire de la centrale était... l’espagnol Endesa. Preuve s’il en est que dans le domaine industriel, les investissements d’aujourd’hui ne donnent aucune indication sur le moyen terme.

Mais la biomasse pourrait être une affaire financière intéressante, puisque l’État fixerait des prix de rachat de l’électricité très supérieurs à ceux du marché. La Commission de régulation de l’énergie (CRE), qui a lancé l’an dernier un appel d’offres sur la construction et l’exploitation de centrales biomasse doit donner son avis auprès du ministre de l’industrie d’ici à la fin du mois d’août. Sur les seize projets reçus par la CRE, celui d’E.on à Gardanne est de loin le plus important en puissance.

Le 16 juin dernier, Roger Meï a écrit à Éric Besson, ministre de l’industrie et de l’énergie pour lui demander d’intervenir en faveur du projet de biomasse à Gardanne, actuellement à l’étude par la CRE. Relayé par Maryse Joissains Masini, députée-maire d’Aix, par Sophie Joissains qui est intervenue au Sénat, par Michel Vauzelle, président du Conseil régional et par Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, ce courrier a été suivi d’un autre, le 21 juin, adressé cette fois au Président de la République et au Premier ministre, disant notamment « qu’il est indispensable d’assurer la pérennisation des emplois, le maintien du savoir-faire de nos entreprises innovantes, de l’outil industriel et de la production énergétique sur la région Paca. Le projet de biomasse sur le site de la Snet à Gardanne, où tout l’outil industriel et les infrastructures sont en place pour l’accueillir, participe à tous ces impératifs.  »