Economie

Alteo investit pour l’avenir Energies 387 - Stéphane Conty

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L’usine Alteo de Gardanne (ex Pechiney) a ouvert ses portes au public le 13 octobre dernier durant la Fête de la science. A cette occasion la direction du site a présenté les investissements engagés pour le développement de l’entreprise et sa pérennisation vis à vis des contraintes environnementales.

Depuis août 2012 le site de production d’alumines de Gardanne fait partie du groupeAlteo, propriété du fond d’investissementsHIG Capital, suite à sa vente par le groupe Rio- Tinto Alcan. « Depuis le premier août nous sommes un groupe industriel indépendant, explique Frédéric Ramé, Directeur général Alumines de spécialités. Notre objectif est d’être une ETI (Entreprise de taille intermédiaire) française industrielle, innovante, orientée vers l’export et qui fonctionne. »

Alteo compte environ 750 salariés répartis sur quatre sites de production qui sont implantés à la Bâthie en Savoie, à Beyrède dans les Hautes- Pyrénées, à Teutschenthal en Allemagne, et enfin à Gardanne, qui est également le siège de l’activité industrielle du groupe et le siège de l’activité de recherche et développement.

« Nous avons environ 500 clients répartis dans une soixantaine de pays. Nous avons créé des filiales en propre aux États- Unis, au Japon et en Chine pour pouvoir vendre nos produits à travers le monde, précise Frédéric Ramé. Nous sommes actuellement le leader mondial des alumines de spécialités. Notre objectif aujourd’hui est de continuer à développer de plus en plus de produits innovants et à haute technicité. On retrouve de l’alumine dans pas mal d’objets et d’outils que nous utilisons au quotidien. »

Actuellement l’entreprise compte environ 400 références en alumines de spécialités utilisées en chimie, dans les supports électroniques, les abrasifs, les produits réfractaires tels que les fours industriels, ou encore des verres spéciaux utilisés notamment dans la fabrication des écrans plats, des smartphones et des tablettes. Le développement de l’entreprise passe cependant par des solutions à apporter aux problèmes environnementaux, et notamment à la question des rejets en mer des résidus de bauxite.

Un volet sur lequel revient Frédéric Ramé : « l’important c’est d’être intégré dans sa communauté. Cela fait des années que nous sommes en relation avec les populations et les administrations pour travailler à la réduction de notre empreinte environnementale. Nous avons un investissement et un programme majeur pour arrêter les rejets en mer. A peine deux mois après la création d’Alteo nous avons obtenu un permis de construire pour un second filtre presse sur le site de Mangegarri. Il doit être réalisé d’ici septembre-octobre 2013 pour un investissement de 13 millions d’euros. Ensuite, un nouvel investissement d’un montant à peu près équivalent devra suivre pour la construction d’un troisième filtre presse afin d’assurer la pérennité du site. »

En effet, au 1er janvier 2016 l’entreprise ne pourra plus rejeter ses résidus de bauxite en mer, au large de Cassis. Des rejets surveillés par un Comité scientifique de suivi créé en 1994 par le préfet des Bouches-du-Rhône. Cinq campagnes de surveillance ont déjà été menées, avec des prélèvements effectués sur quinze stations situées à des profondeurs allant de 230 à 2500 mètres.

Depuis une vingtaine d’années l’entreprise travaille donc à optimiser son procédé afin de réduire la quantité de résidus produite, et donc rejetée en mer. Celle-ci a diminué de moitié en trente ans. Cet objectif de diminution des rejets s’accompagne d’un travail sur la valorisation de ces résidus qui une fois traités via le filtre presse, donnent de la bauxaline. Le filtre presse est un équipement de déshydratation par pressage mécanique (sans produits chimiques) qui transforme les résidus en matière sèche appelée bauxaline, destinée à la valorisation ou au stockage.

Les possibilités de valorisation sont multiples. Ainsi depuis 2009 l’entreprise compte une équipe dédiée à la valorisation de la bauxaline. Mélangée à des cendres volantes elle peut être utilisée comme remblais et couches de soubassement dans les travaux publics. Le comblement de galeries de mine et de carrières souterraines, le renforcement de digues sont d’autres secteurs où les qualités de la bauxaline ont aussi fait leurs preuves. Des investissements en recherche et développement ont également permis d’ouvrir le champs des possibilités. Ainsi les résidus de bauxite chimiquement et physiquement modifiés peuvent devenir des dépolluants des sols, permettre le traitement d’effluents acides contaminés par des métaux ou encore servir à la déphosphatation de l’eau.

« Nous rencontrons l’entreprise trois à quatre fois par an par rapport aux possibilités de commercialisation de la bauxaline, que ce soit avec la Semag pour le centre d’enfouissement des déchets à la Malespine, ou pour d’autres partenariats comme à Entressen, » explique Bernard Bastide, Adjoint au maire en charge de l’environnement et de la gestion des déchets.

Des relations avec la commune et ses habitants qu’Alteo entretient aussi à travers sa participation au comité de liaison citoyens-industriels, que la commune organise chaque année comme le souligne le maire Roger Meï : « C’est l’occasion de se rencontrer, d’échanger, de se concerter et d’avoir une vraie discussion. C’est le rôle de la commune de vous encourager à prendre en compte les questions environnementales tout en préservant l’usine. Et vous faites des efforts. »

Si Alteo réalise d’importants investissements pour pérenniser son activité, les effets de la crise pèsent toutefois sur son devenir comme le souligne Christian Merono, délégué Force ouvrière de l’entreprise qui indique : « A cause de la conjoncture l’usine ne gagne pas d’argent et ça nous inquiète un peu. 70 % de notre business est fait en Europe qui est particulièrement touchée par la crise. Et nous n’avons plus un grand groupe au-dessus de nous sur lequel s’appuyer quand ça va mal. Ça marche si on gagne de l’argent. Il va falloir s’habituer à être une PME. L’entreprise embauche pour compenser les départs liés à la cession de Rio Tinto, elle développe le laboratoire d’analyses et cherche des marchés là où ils sont aujourd’hui, en Asie et en Amérique du Nord notamment. »

L’usine de Gardanne continue d’investir pour son avenir, elle qui va prochainement fêter ses 120 ans, un âge plus qu’honorable dans la tumultueuse histoire de l’industrie française.