CMP : les premiers étudiants sont arrivés

A Saint-Pierre, une rentrée grand format Bruno Colombari

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C’est aussi la rentrée à Saint-Pierre. Dans quelques jours, le Centre microélectronique de Provence (CMP) accueillera 250 personnes, des ingénieurs en formation continue et trois promotions d’étudiants venus de l’ISMEA de Château-Gombert. Mais ce ne sera qu’à la rentrée 2004 que les étudiants de Saint-Étienne arriveront.

Début juillet, alors que les grandes vacances commençaient à peine, Robert Germinet ne cachait pas sa satisfaction : « Vous voyez ? Malgré les contraintes budgétaires et le changement de gouvernement [la création du CMP avait été officialisée à Bercy en avril 2002 par Laurent Fabius], le centre se développe. Et on va faire entrer des élèves en septembre, comme on l’a dit. » Après les retards à l’allumage et le remplacement, de François Agier par Daniel Bois, puis Philippe Collot (voir encadré), le directeur de l’École des Mines de Saint-Étienne peut effectivement se sentir rassuré : le concours de maîtrise d’œuvre est bouclé, l’architecte choisi (il s’agit d’Aymeric Zublena, voir énergies n°198), les études sont en cours et les programmes aussi. Les échéances, trop optimistes, ont été corrigées - les nouveaux bâtiments à Château-Laurin ne seront opérationnels que début 2006, et les premiers étudiants venus de Saint-Étienne n’arriveront qu’à la rentrée 2004 - mais l’essentiel est fait : mettre le CMP sur les rails, et surtout l’ancrer à Gardanne. Au printemps, en effet, des rumeurs inquiétantes avaient couru. Un député de l’actuelle majorité avait demandé au gouvernement d’implanter le CMP dans la Loire pour compenser les suppressions d’emplois chez Giat Industries. Des rumeurs que Robert Germinet balaie d’un revers de main : « L’implantation à Gardanne n’est pas le fruit du hasard ! C’est ici que se fait la recherche, pas à Grenoble. Il y a une logique industrielle forte, défendue par tous les partenaires de l’opération, notamment les collectivités locales. »

Une partenariat avec la Chambre de commerce et d’industrie de Marseille Provence a déjà permis de transférer les activités de l’ISMEA (Institut supérieur de microélectronique appliquée), précédemment installé à Château-Gombert. Le 29 septembre, trois promotions de 25 élèves chacune (ingénieurs de spécialité) feront leur rentrée au CMP, à Saint-Pierre, avec des cours du lundi au jeudi. Les ingénieurs de spécialité, ce sont des étudiants sortis de math spé ou math sup, qui s’orienteront vers l’industrie de la microélectronique. Le vendredi et le samedi, ils laissent place aux 150 ingénieurs des techniques de l’industrie (ITI), répartis en trois promotions de 50. Ces élèves ingénieurs sont des salariés des entreprises régionales du secteur de la microélectronique, dans le cadre de la formation continue. Certains sont des salariés déjà confirmés qui souhaitent devenir ingénieurs, d’autres sont des jeunes titulaires d’un BTS ou d’un IUT, en apprentissage.

Deux de ces promotions sont déjà rentrées le vendredi 5 septembre, sous une pluie d’automne. Un peu déboussolés d’avoir quitté les locaux de l’ESIM de Château-Gombert, ils cherchaient où manger le midi et comment envoyer un mel. Yannick Blayer, lui, travaille à ST Microelectronics depuis huit ans. Il a une formation initiale de BTS en électronique et s’occupe de la finalisation des circuits intégrés. « Nous avons eu six mois d’évaluation et de remise à niveau, et deux ans de formation continue pour aboutir à un diplôme d’ingénieur généraliste en procédé industriel. Ça me permet une évolution de carrière. Je ne connaissais pas Gardanne. Mais il est certain que le CMP va rapprocher le pôle de Rousset de la cité minière. »

Le centre Saint-Pierre pousse les murs

Cette rentrée, conséquente par la volume d’étudiants accueillis (près de 260) n’est qu’un avant-goût de la prochaine. « Ce n’est qu’à la rentrée 2004 qu’on accueillera les premiers étudiants venus de Saint-Étienne, explique Nicolas Sennequier, directeur adjoint du CMP. On commencera par les étudiants de troisième année. Ce sera moins lourd à gérer en terme d’accueil et d’effectifs, puisqu’ils passent la moitié de leur année en stage en entreprise. A la rentrée 2005, ceux de deuxième année arriveront, et ceux de première année en 2006. Six enseignants-chercheurs vont définir les cours pour l’année prochaine. La plupart d’entre eux viennent de l’industrie. D’ailleurs, si l’École des Mines définit le contenu des cours, elle s’assure auprès des industriels que ça fonctionne. » Pour accueillir tout ce monde, le premier niveau du bâtiment A, mis à disposition du CMP en 2002, n’est déjà plus suffisant. D’où les travaux réalisés par la Ville pendant l’été pour augmenter la capacité d’accueil : deux grandes salles du bâtiment B ont été cloisonnées pour en faire quatre et deux autres salles du rez-de-chaussée ont été libérées par le GRETA. A ceci, il faut ajouter "la salle de la fresque", qui sera dédiée à l’enseignement spécialisé (avec des ordinateurs d’application industrielle) et deux bureaux. D’autre part, une maison appartenant à la SAFC (qui reprend le patrimoine immobilier des Houillères) située à une cinquantaine de mètres, au bord de la D58, sera réaménagée en une douzaine de bureaux. « Il y aura 23 postes de travail pour les assistants chercheurs. Une liaison sans fil sera mise en place entre cette maison et les bâtiments du CMP. » Enfin, le grand sous-sol du bâtiment A, qui servait d’atelier de mécanique au centre de formation des Houillères, va être remis en état d’ici décembre. « Ce sera l’espace projet. Les étudiants y travailleront par deux, sur établis, en coordination avec les industriels. »

Comme la plupart des étudiants viennent soit de Marseille (Château-Gombert) soit des communes proches (salariés en formation continue, à Gardanne deux jours par semaine), la question de l’hébergement n’est pas vraiment urgente. « Nous travaillons sur deux pistes, explique Nicolas Sennequier. Nous avons mis en place un système de petites annonces informatisées, que seuls les étudiants concernés peuvent consulter, ce qui a déjà donné de bons résultats. Nous sommes aussi en négociation sur trois sites : celui du centre de formation de la sécurité civile à Valabre, le centre de la Baume-les-Aix ou encore Marseille Habitat. » L’arrivée, en septembre 2004, des étudiants de troisième année venus de Saint-Étienne nécessitera que des solutions satisfaisantes soient trouvées, sans compter les besoins spécifiques des enseignants.

Le Centre Saint-Pierre hébergera donc le CMP jusqu’au printemps 2006. Entre temps, la première tranche de travaux sera achevée à Château-Laurin, sur six hectares. D’un montant de 42,5 millions d’e (auquel il faut ajouter les 3,5 millions d’e apportés par la Ville sous la forme du terrain viabilisé), elle englobe 13 000 m2 de plancher côté ouest de la route de Mimet (tout le projet architectural sauf les logements pour les enseignants) et la moitié des bâtiments côté est, soit 6 000 m2. On y trouvera la maison des étudiants et une partie des chambres (155). Les premières pelleteuses devraient arriver à Château-Laurin en avril prochain, pour entamer les travaux de terrassement, et préparer le terrain pour le gros œuvre, qui sera attaqué en septembre prochain. La deuxième tranche concerne le gymnase, le reste des logements étudiants et la totalité des logements pour les professeurs invités. Pour l’instant, il n’y a ni financements ni calendrier pour cette tranche. Il va falloir encore un peu de patience...

L’équipe est prête

Lentement mais sûrement, le CMP se met en place. Depuis la rentrée de septembre, vingt-huit personnes travaillent à Saint-Pierre. Philippe Collot, directeur du CMP, venant d’Alcatel, a en charge la définition des programmes scientifiques. Il est secondé par trois directeurs adjoints : Daniel Blois, délégué à la recherche ; Louis Ros, ancien directeur de l’ISMEA, chargé de la pédagogie pour l’école des Mines de Saint-Étienne et Nicolas Sennequier, venu de la DRIRE et chargé des infrastructures (bâtiments, budget, équipe). Véronique Villareal est assistante de direction. D’autre part, l’ISMEA apporte seize salariés, dont huit fonctionnaires, deux techniciens et six enseignants chercheurs. Enfin, des vacataires issus des entreprises locales interviendront quelques heures par semaine.